Des Français lancent une montre d’inspiration soviétique

Des Français se sont lancés dans la création d’une nouvelle marque de montres d’inspiration soviétique. Russie Info a interviewé l’un des initiateurs de ce projet franco-russe en cours de développement.

Il y a un an tout juste, trois jeunes français, fascinés par de vieilles montres 24 heures dénichées dans un marché russe, ont eu l’idée de les remettre au goût du jour.

Leur concept: créer des montres au design sobre, d’inspiration soviétique rendant hommage aux grands défis techniques de l’époque.

Aujourd’hui trois prototypes créés par un horloger et un designer russes sont prêts. Ils lancent en ce moment une campagne de financement participatif avant d’initier la production et la vendre, principalement sur le marché européen.

Russie info a rencontré l’un des trois fondateurs du projet Kosmos 24, Léo Vidal-Giraud, habitant Moscou depuis plusieurs années.

Russie Info : Comment vous est venue l’idée ?

Léo Vidal-Giraud: Deux amis, François qui habite à Astana et Arthur à Londres, sont venus me rendre visite en mai dernier à Moscou. Au marché d’Izmaïlovo où nous nous baladions, nous avons flashé sur de vieilles montres soviétiques 24 heures. Nous en avons acheté chacun une, captivés par leur puissance d’évocation.
Ce sont des montres simples mais elles représentent un vrai morceau d’histoire sur le poignet : celles des cosmonautes, des navigateurs et des aventuriers de l’Arctique. Les cadrans 24 heures leur permettaient de garder la notion de temps quand le jour et la nuit ne se distinguent plus.

Ces montres anciennes, vendues à petit prix et souvent bricolées, ont aujourd’hui une chance sur deux de ne pas marcher ou de se casser rapidement. L’idée de les remettre au goût du jour et de les produire nous-même nous a tout de suite enthousiasmés. Et si on essayait ? On pensait la tâche impossible et les obstacles nombreux. Et ce fut en fait un enchainement de feux verts.

Russie Info: Quel est le positionnement de Kosmos 24 ?

Léo Vidal-Giraud: Une montre franco-russe qui rend hommage aux montres polaires soviétiques et aux progrès techniques !
Nous souhaitons raconter cette histoire, l’histoire de la conquête spatiale et des aventures arctiques. Techniquement plutôt sur le milieu de gamme, c’est avant tout une montre "hommage", et non une montre pour les amoureux de l’horlogerie. Nous voulons que notre montre dont le prix sera entre 120 et 130 euros, reste accessible à tous et soit achetée comme un accessoire de mode, un coup de cœur.

Par rapport à nos concurrents, ce sera d'une part un prix inférieur, et d’autre part, une référence à une culture que nous voulons plus dissidente et moins patriotique.

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Montre Kosmos
24

Russie Info: Pourquoi Kosmos 24 ?

Léo Vidal-Giraud: Au parc des expositions VDNKh, nous sommes tombés sur une affiche sur laquelle était écrit Kosmos. Le déclic a eu lieu. On ne voulait pas piquer le nom d’une ancienne montre soviétique ou faire de la nécromancie sur une marque disparue. Notre idée est de créer quelque chose de nouveau sans positionnement nostalgique voire cocardier.

En effet, le style de nos montres ne se veut pas agressivement russe. C’est une référence à Youri Gagarine, mais aussi à Neil Armstrong. La conquête spatiale, grande épopée russe fut aussi internationale, comme l’a pu l’être le mouvement de l’Avant-garde dont notre design s’inspire. C’est la foi dans le progrès qui nous attire dans ce thème, plus que la nostalgie.

Russie Info: Le style soviétique est-il à la mode ?

Léo Vidal-Giraud: Oui car il est d’abord vintage. Et le vintage a la cote. Et parce que l’esthétique soviétique, imprégnée de l’avant-garde russe, est selon moi proche de l’esthétique contemporaine, avec des formes géométriques, sobres et simples.

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Montre Kosmos
24

Russie Info: Qui ciblez-vous ?

Léo Vidal-Giraud: Nous avons créé nos modèles en pensant à la classe créative actuelle, celle des hipsters qui vont faire leurs courses au marché Danilovsky, voir la dernière exposition du Garage Museum et voyager en Europe. Et ce sont ses représentants qui ont designé notre montre et nous ont inspirés. C’est aussi la génération IKEA qui aime la simplicité et la retenue. Notre logo est caché pour ne pas faire de nos produits des panneaux publicitaires.

C’est finalement une montre franco-russe qui veut concilier élégance à la française (simplicité, couleurs vives) et inspiration russe. Nous ciblons dans un premier temps la clientèle européenne car c’est elle avant tout qui pourra acheter nos modèles. La chute du rouble a rendu nos montres un peu chères pour notre public-cible en Russie.

Russie Info: Quels sont vos partenaires en Russie ?

Léo Vidal-Giraud: Nous avons initialement projeté de faire la production en Russie mais par réalisme, nous avons renoncé à cette idée. C’est possible, comme le confirme le développement des montres Raketa mais nous n’en avons pas les moyens. Et beaucoup de freins nous sont apparus. L’industrie horlogère russe n’a pas d’association ni aucun interlocuteur proactif désireux de mettre en œuvre rapidement des projets.

Dans nos recherches en Russie, nous n’avons reçu que des devis très élevés, sans aucune possibilité de discussion. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi difficile en Russie, et aussi "soviétique"… Nos montres seront finalement fabriquées en Chine, où les prix sont en phase avec notre positionnement et où tout s’est rapidement et facilement en place.
Cependant, nous avons pu réaliser tous nos prototypes à Moscou grâce à des partenaires haut de gamme et russes ! Anna, notre designer russe et amie mais aussi Constantin Chaykin, créateur de montres extraordinaires. Nous avions en effet besoin d’un horloger professionnel capable de réaliser un cahier des charges complet. Grace à lui, nous avons pu réaliser ces prototypes sur place, et ainsi disposer du modèle parfait avec la couleur que nous voulions, sans faire 15 allers-retours en Chine.
Hervé Le Devahat de l’Atelier Marcel Robert, installé à Moscou et spécialiste des accessoires en cuir premium, a fabriqué les bracelets de nos prototypes. Il nous a aidés à imaginer un bracelet en adéquation avec notre concept. Nous avons aussi décidé de proposer nos montres avec deux bracelets, l’un en cuir et l’autre en tissu de type NATO, pour ajouter une touche créative.

Russie Info : Quelles sont les prochaines étapes ?

Léo Vidal-Giraud: Nous lançons en ce moment-même une campagne de financement participatif sur KickStarter. Le but : lancer une production et cela sur la base de commandes. En effet, chaque personne souhaitant participer à cette campagne, pourra le faire par l’achat d’une montre en précommande au prix de 100 euros.

Ensuite, nous prévoyons de poursuivre les ventes sur notre propre site internet et d'élargir notre gamme en ajoutant de nouveaux modèles. Et puis surtout, nous aimerions revenir à notre idée originale de faire produire en Russie, lorsque nous aurons plus d'expérience et que nous serons plus stables. Je rêve d'une Kosmos 24 plus haut de gamme, avec un mouvement mécanique Vostok made in Russia !

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