Des Français associés à la sauvegarde du patrimoine russe

Comment des Français ont encouragé les habitants de Moscou à reconstituer la mémoire des monuments historiques.

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Eté 2017 à Moscou, Français et Russes sur le chantier du monastère Donskoï

En Russie, 2018 est l’année du bénévolat et du volontariat. Parmi les bénévoles, il y a ceux qui parcourent des kilomètres à travers le pays pour travailler à la sauvegarde d’un monument historique, et ceux qui profitent de leurs week-end ou de leurs jours de congé pour aider à des restaurations.

Le journal russe Rossiskaya Gazeta s’interroge : pourquoi les gens font-ils cela ? Pourquoi parcourent-ils plusieurs centaines de kilomètres pour contribuer à la conservation d’un monument ou de ce qu’il en reste ?

"Aujourd’hui, les bénévoles qui nous rejoignent sont familiers d’une façon ou d’une autre avec ce secteur d’activité. Personne ne vient à l’improviste", explique Artem Demidov, président de la Société de préservation des monuments historiques et culturels (VOOPIK). "Il est important qu’un maximum de personnes sachent que nos monuments nécessitent notre entretien".

Des Français donnent l’impulsion

Un intérêt croissant pour le bénévolat et le volontariat est constaté en 2017, en grande partie grâce à des Français venus restaurer des sites du patrimoine culturel et historique de Russie, comme le monastère Donskoï et la maison Palibine.

"Quand les Français, venus de Paris, Toulouse et d’autres villes de France, travaillaient à Moscou et trouvaient des objets anciens, ils souriaient en disant que ces objets appartenaient certainement à l’époque de Napoléon Bonaparte."

La Société de préservation des monuments historiques et culturels explique que la présence des Français attire les Russes. "C’est avec l’arrivée des Français que les Russes se sont intéressés à notre travail. Quand seuls les volontaires russes y travaillaient, cela n’intéressait personne ", avoue Daria Zoubar, qui a été responsable du campus pour les volontaires l’an dernier.

"Les gens se demandaient pourquoi les Français venaient pour contribuer à la conservation de nos monuments, et pas les Russes ? Mais une visite a suffi pour les uns, d'autres y ont pris goût et en ont fait une pratique habituelle", a indiqué Daria Zoubar.

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La maison Palibine
Moscou

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Monastère Donskoï
Moscou

L’arrivée des Français n’est pas le fruit du hasard. La Société de préservation des monuments historiques et culturels (VOOPIK) qui est la plus ancienne association de Russie active dans le domaine du patrimoine, a été créée en même temps que l’association française Union Rempart, en 1996.

Depuis 2016, les deux entités coopèrent pour la promotion des activités bénévoles en faveur du patrimoine et les échanges culturels entre la France et la Russie.

Chaque année 10 000 personnes s’associent aux projets de l’Union Rempart, et un Français sur cinq participe aux projets russes.

Pour rappel, en Russie dans les années 1970 et 1980, la Société de préservation des monuments historiques et culturels (VOOPIK) comptait 10 millions de personnes. Mais le bénévolat et le volontariat ont cessé après la chute de l'URSS: les Russes avaient à cette époque bien d’autres soucis à gérer.

Recruter et encadrer

"Aujourd’hui nous travaillons à la restauration des monuments architecturaux anciens, mais aussi au recrutement des volontaires. Au mois de janvier 2018, le Centre du Volontariat auprès de la Société de préservation des monuments historiques et culturels (VOOPIK) a ouvert ses portes jusqu’au 22 janvier pour recueillir les inscriptions."

"Il est important d’encadrer les bénévoles, explique également Pavel Chichmariev, restaurateur professionnel et représentant des volontaires, parce que même les efforts bien intentionnés peuvent porter préjudice aux monuments. En Espagne, par exemple, une femme âgée a décidé de restaurer toute seule une fresque ancienne représentant le Christ, qui avait été jugée en mauvais état. Et récemment dans la Région d’Arkhangelsk, les habitants du village de Rakoula ont revêtu de bardage les murs d’une chapelle ancienne en bois pour l’empêcher de s’écrouler."

Pavel Chichmariev explique qu’il est important de montrer aux volontaires comment faire, quels instruments utiliser et comment les utiliser. Il faut négocier les projets avec des agences pour la protection des monuments et désigner l’architecte en chef.

Les bénévoles de l’église inondée à Krokhino

L’église de la Nativité à Krokhino (dans la région de Vologda), qui a été inondée lors de la construction du canal Volga-Baltique, n’existe pas officiellement. Cependant de nombreux volontaires s’y rendent plusieurs fois par an pour empêcher ce monument unique de s’écrouler.

Ici, les bénévoles sont heureux que personne ne leur ait interdit de travailler, même si l'île est inhabitée. Ils essaient de sauver les murs par leurs propres moyens et ce, malgré le manque de fonds nécessaires et - plus important encore - l'incompréhension des gens qui ne comprennent pas pourquoi la sauvegarde de ces murs est nécessaire.

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Maria, bénévole à l’église de la Nativité
Krokhino

Anor Toukaeva, chargée de la restauration de l’église de la Nativité inondée à Krokhino, réuni depuis près de 10 ans des volontaires autour d’elle .

La revue russe Rodina qui avait publié pour la première fois la photo de l’église de la Nativité église à Krokhino, il y a 15 ans, a invité tous ceux qui le souhaitait, à aider les volontaires sur le projet de restauration.

Ce projet consiste à installer un phare qui guidera les bâteaux dans la nuit. Et comme personne n’a besoin d’une paroisse entourée d’eau, ce monument sera dédié à des centaines d’églises et de villages inondés.

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La revue russe
Rodina

Pour les bénévoles, l’église de Krokhino est un symbole. Vadim Novikov dit que "le temple ressemble à un bateau se balançant sur les vagues". Pour Sheksna, "c'est la Patrie". Anor Tukayeva qui rassemble ici tous ceux qui ne sont pas indifférents à ces ruines, appelle le monument, le temple "vivant". Maria Knyazeva, elle, s'inquiète. "Peu importe comment elle s'est effondrée, il faut la préserver". Et Roman Kharitchev, qui travaille à l'usine métallurgique de Cherepovets, admet qu'il vient ici "contre vents et marées".

"L’Etat ne peut pas tout faire"

Fabrice Duffaud, chargé des relations internationales à l’Union Rempart, note qu’il existe des sites de ce genre en France, tel que Krokhino, sauf que l’Union Rempart obtient des financements de près de 200 mille euros du ministère français de la Culture pour l’organisation des missions de bénévoles. En outre, les bénévoles eux-mêmes font des contributions. "Des sommes modestes, mais qui représentent tout de même une contribution", indique M. Duffaud.

La Société de préservation des monuments historiques et culturels (VOOPIK) atteste que les financements publics sont nécessaires dans ce domaine et est convaincue que "chaque rouble investi par le ministère de la Culture dans des initiatives de volontariat rapporterait beaucoup".

Artem Demidov, président de VOOPIK, souligne toutefois qu’il n’y a aucun pays dans le monde dont le patrimoine ne soit préservé que par les moyens de l’Etat :

"En Russie, nombreux sont ceux qui se demandent: "Pourquoi l’Etat ne peut-il pas le faire ?. Or l’Etat ne peut pas tout faire. Ici, c’est l’initiative de la société qui doit intervenir. Notre mission est d’attirer plus de volontaires. Nous souhaitons aussi que les habitants viennent restaurer les monuments qui se situent près de leurs maisons. Est-ce que cela ne les concerne pas ?"

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