Décryptage: L’opposition en Russie

A quelques mois des élections présidentielles qui se dérouleront en mars 2018, les médias russes se tournent vers les candidats qui se présenteront face à Vladimir Poutine.

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Le kremlin Photo: Claire Dufay

Le président russe Vladimir Poutine, qui achève son troisième mandat, n’a pas encore annoncé sa candidature mais des sources du quotidien russe Kommersant, semblent indiquer que cela sera chose faite en novembre.

Face à lui, on a l’habitude de distinguer en Russie deux catégories d’opposition : celle dite "systémique", composée de partis soutenus ou tolérés par le Kremlin, l’autre dite "hors-système", plus militante et ne siégeant pas à la Douma.

En Russie, des dizaines de groupes et factions d’opposition existent. La principale difficulté que l’opposition doit surmonter avant les élections prochaines est de réussir à s’unir pour présenter un candidat susceptible de l’emporter.

Russie Info vous livre un panorama des différents partis d’opposition pour y voir plus clair avant mars prochain.

Les partis "systémiques"

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PCFR
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Le Parti Communiste de la Fédération de Russie

Le PCFR est l’héritier du Parti communiste de l’Union soviétique, il a été fondé en 1993 et est dirigé depuis lors par Guennadi Ziouganov. Il se réclame de l’héritage des Bolcheviks et a souvent insisté sur son caractère exclusivement russe. Il a été le premier parti d’opposition depuis sa création mais n’a obtenu que 42 sièges aux dernières élections parlementaires, son score le plus bas depuis 1993.

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Russie Juste
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Russie Juste

Russie Juste (parti social-démocrate ou centre-gauche) a été fondé en 2006 suite à la fusion de plusieurs partis de gauche : Rodina (Patrie), le Parti Russe de la Vie et le Parti Russe des retraités. Russie Juste possède actuellement 23 des 450 sièges de la Douma, c’est 41 de moins qu’aux précédentes élections parlementaires. Russie Juste est actuellement dirigé par Sergueï Mironov.

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LDPR
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Le Parti Libéral-Démocrate de Russie (extrême-droite)

Tout comme le PCFR, le LDPR est dirigé par le même leader depuis sa fondation en 1993 : Vladimir Jirinovsky. Souvent associé à ses déclarations chocs, Jirinovsky très présent en région, est souvent vu comme le bouffon du Kremlin. Le parti nationaliste, nostalgique de l’URSS, a pour principal but de "protéger et prévenir les menaces intérieures et extérieures qui cherchent à affaiblir le pays". Le LDPR a obtenu 39 sièges à la Douma en 2016.

Les partis "hors-système"

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Iabloko
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Iabloko (libéral)

Le parti démocratique russe unifié ou Iabloko (la pomme) a été fondé en 1993 par Grigori Iavlinski, Iouri Boldyrev et Vladimir Loukine. Dirigé aujourd’hui par Emilia Slabounova, le parti souhaite présenter Iavlinski aux présidentielles.

Iabloko est positionné en faveur d’un rapprochement avec l’UE, du développement de l’Etat social-démocrate et de la société civile. Le parti est composé de plusieurs factions tournées vers l’écologie, les droits de l’Homme ou bien encore les droits des femmes. Il est présent dans 76 régions et se réclame de plus de 28 000 membres. Aux élections municipales du 10 septembre dernier, Iabloko était le 2ème parti, remportant 176 sièges dans la capitale.

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Parnas
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Parnas

Le Parnas ou Parti de la liberté du Peuple (droite libérale) a été fondé en 1990 et se situe au centre-droit de l’échiquier politique. Il promeut une démocratie libérale et un rapprochement vers l’UE. Il ne possède aucun siège à la Douma et seulement un siège dans les parlements régionaux. Le Parnas est aujourd’hui dirigé par Mikhail Kassianov (ancien premier ministre sous Eltsine), et était codirigé par Boris Nemtsov jusqu’à son assassinat en février 2015.

Le parti met au cœur de son programme la liberté, qu’elle soit politique, économique, créative ou personnelle. Parnas considère la Russie comme un pays européen qui doit se doter d’une démocratie à l’occidentale.

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Vibor
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Choix démocratique

La coalition Choix démocratique (droite libérale) a été créée en 2010, puis transformée en parti politique en 2012. Le manifeste du parti annonce que Choix Démocratique s’identifie aux "valeurs classiques européennes" : libéralisme, conservatisme, liberté d’expression, droits de l’Homme, démocratie et souveraineté populaire.
La Russie fait partie, pour Choix Démocratique, d’une grande civilisation "occidentale, chrétienne et européenne". Le parti est dirigé par Igor Dandrin, Sergueï Javoronkov et Sergueï Grigorov.

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Solidarnost
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Solidarnost

Solidarnost est un mouvement de coalition créé en 2008 par entre autres Garry Kasparov et Boris Nemtsov. Solidarnost met au cœur de ses préoccupations l’union des citoyens à travers les valeurs démocratiques, les droits de l’Homme, l’Etat de droit et la critique du pouvoir actuel.

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Dmitri Goudkov
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Les Démocrates Unis

Sous la houlette de Dmitri Goudkov, le projet Démocrates Unis a permis de faire élire en coalition avec Iabloko, 267 candidats sur les 1000 présentés dans 17 arrondissements de Moscou. Goudkov est un ancien député du parti Russie juste, il en avait été exclu en 2013 après avoir participé à un débat organisé par un think-tank à Washington.

Inscrit comme indépendant, il a continué à se préoccuper de sujets qui fâchent tels que la présence russe en Ukraine. Si Dimitri Goudkov ne se présente pas en 2018 pour les présidentielles, il sera candidat à la mairie de Moscou la même année.

Les personnalités de l’opposition

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Navalny
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Alexeï Navalny

Avocat et blogueur, il se positionne depuis 2011 fermement contre le pouvoir en place. Il a popularisé l’expression "le parti des escrocs et des voleurs" qui se réfère à Russie Unie (le parti présidentiel). Il traque en ligne la corruption sur les marchés publics et publie régulièrement des vidéos. Il est présenté par les médias occidentaux comme étant l’alternative à Vladimir Poutine.

Candidat à la mairie de Moscou en 2013 il avait remporté 27% des suffrages. Associé au camp libéral de par sa fonction d’opposant, il s’agit d’une figure controversée. Il a été expulsé de Iabloko en 2007 suite à ses propos jugés racistes et xénophobes sur les immigrés et sur les populations du Caucase. Il avait exhorté à arrêter les financements des régions du Caucase-Nord tant que des "bêtes" étaient au pouvoir et qualifié la région de "zone de non-droit off-shore". Il est de plus, régulièrement associé à des marches nationalistes.

Des doutes planent sur sa candidature en mars prochain. S’il a annoncé très tôt sa volonté de se présenter, Navalny a purgé une peine de 20 jours de prison qui le rend inéligible jusqu’en 2028 selon la commission électorale centrale russe.

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Sobtchak
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Ksenia Sobtchak

C’est la candidate surprise de cette élection. Ancienne jet-setteuse, souvent comparée à Paris Hilton dans les médias russes, célèbre pour avoir participé au Loft russe dans les années 2000, elle s’est ensuite rapprochée de l’opposition en 2011 avant de devenir journaliste sur la chaîne d’opposition Dojd.

Ksenia Sobtchak est la fille d’Anatoly Sobtchak, ancien mentor de Vladimir Poutine et ex-maire de Saint-Pétersbourg, et serait selon certaines sources la filleule de Vladimir Poutine. Plusieurs médias russes jugent sa candidature comme étant une diversion adoubée par le Kremlin dans le "cirque" prochain des élections. Sobtchak se positionne du côté d’Alexeï Navalny pour lequel elle se désistera si la candidature de ce dernier est validée.

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Roizman
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Evgeniy Roizman

Evgeniy Roizman est l’actuel maire d’Ekaterinbourg. Après avoir été élu député sous la bannière Russie Juste en 2005, il est passé à l’opposition hors-système en 2012. Il est connu pour sa critique de la corruption policière et sa lutte contre les narcotiques.

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Udaltsov
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Serguei Udaltsov

Opposant russe positionné à l’extrême-gauche. Issu d'une famille de la nomenklatura soviétique, son arrière-grand-père était un compagnon d'armes de Lénine, il est pour l'annexion de la Crimée par la Russie

Il a été arrêté à plusieurs reprises durant des manifestations anti-Poutine de son parti, l'Avant-Garde de la Jeunesse Rouge depuis 2011. Dans l'impossibilité de se présenter à l'élection présidentielle de 2018, il appelle à un "visage neuf" unique pour la gauche, et ne soutient pas Navalny.

Une opposition qui laisse les Russes dubitatifs

Le paysage de l’opposition russe est ainsi plus fourni que ce que l’on peut croire au premier abord. L’opposition souffre d’un manque de confiance de la part des électeurs : à force de s’opposer au pouvoir en place, on l’a souvent accusée de manquer de substance. Un chercheur de l’institut Levada, centre de sondages russe, déclarait l’an dernier qu’en Russie : "Au final plus personne n’a confiance en l’opposition, qui ne représente qu’elle-même".

De plus, les partis "hors-système" souffrent d’un manque de légitimité due à leur absence de mandat. Un sondage Levada de mars 2016 montrait ainsi que seulement 52% des personnes interrogées estiment que la Russie a besoin d’une opposition.

En outre, près d’un tiers des sondés pense que l’opposition est inutile car elle "affaiblit la société en cette période difficile".

Il faudrait que les partis et mouvements présentent un front uni face au candidat du Kremlin en mars prochain afin de convaincre les électeurs. La date limite pour présenter sa candidature étant fixée au 6 janvier 2018, beaucoup de partis n’ont pas encore annoncé de candidats.

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