David Arthur Brown, de Los Angeles à Moscou

Russie Info a rencontré le chanteur américain David Arthur Brown dont le parcours est étonnant. A la fois chanteur et entrepreneur, il a trouvé en Russie son public, fan de ses ballades nostalgiques.

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David Arthur Brown

Sur sa guitare, il est écrit Russian mais David Arthur Brown est un pur américain, né à Los Angeles sur les côtes ensoleillées de Californie. Il y a peu de chanteurs américains plus connus en Russie que dans leur pays, mais David Arthur Brown est de ceux-là.

C’est l’écrivain et critique russe Artemy Troitsky (auteur de l’anthologie du rock soviétique Back to URSS : the true story of Rock in Russia) qui, ayant acheté d’occasion un de ses disques à Londres, diffuse sur les ondes russes pour la première fois en 2003 sa pop mélodieuse et mélancolique. C’est le début d’une belle histoire avec le public russe, à travers de multiples tournées qui l’emmèneront, avec son groupe Brazzaville, d’Odessa jusqu’à Vladivostok. Il vit aujourd’hui à Barcelone, revient parfois aux Etats-Unis voir ses amis, mais c’est en Russie ainsi qu’en Turquie qu’il retrouve son public.

David Arthur Brown aime aller à sa rencontre lors de concerts de type Kvartiniki (du mot russe "appartement"), chez des gens ou des bars- clubs à l’ambiance intimiste, comme le 16tons ou le B2 Club à Moscou. Les concerts Kvartiniki sont apparus en URSS lorsque certains groupes, en désaccord avec la politique culturelle du pays, n’avaient d’autre choix que de jouer cachés dans des appartements.
Le concept redevient populaire depuis quelques années, dans un cadre plus officiel mais gardant cet esprit de proximité. Dans les concerts de David Brown, le public choisit les chansons, monte sur scène pour lui parler, chante les refrains, vient se prendre en photo avec lui et le serrer dans ses bras. Sur sa page Facebook, il est écrit "Brazzaville is a big family with members stretching from L.A. to Barcelona to Siberia", cette famille il la retrouve chaleureusement à chacun de ses concerts.

En 2007, David Brown atteint les sommets des charts russes en reprenant en anglais le tube du groupe mythique des années 1980, Kino, "Star Called Sun" (Zvezda po imeni Solntse), groupe de l’époque soviétique qu’il admire entre tous. Le leader du groupe, Viktor Tsoi, véritable pionnier du rock en URSS, mort accidentellement en 1990, est une icône en Russie (à Moscou, Rue Arbat, les fans se réunissent toujours en mémoire de lui devant le Mur de Tsoi recouvert de graffitis) et on comprend mieux pourquoi le public entonne en chœur cette chanson pendant les concerts de David Arthur Brown.

C’est pourquoi, aussi paradoxal que cela puisse être, écouter cet américain c’est toucher du doigt ce qu’a été le rock soviétique. C’est aller à la rencontre de ces fans russes de tous les âges, emballés par ce chanteur qui parle avec "leurs mots" même s’il chante en anglais. C’est aussi un appel au voyage, à travers ses ballades, telles que "A girl from Vladivostok", "Bosphorus", "Hotel Ukraina", ou encore "Night Train to Moscow".

Nous avons rencontré David Arthur Brown lors de l’un de ses concerts à Moscou, dans la petite salle du Club Artefaq.

Il raconte son lien avec la Russie :"Je n’ai jamais imaginé venir en Russie. Beaucoup de pays m’attiraient mais la Russie n’en faisait pas partie initialement. Puis j’ai rencontré le journaliste Artemy Troitsky et je suis arrivé ici. Et là, j’ai commencé à aimer la Russie, à vraiment l’aimer, à être frappé par ce pays. Par beaucoup d’aspects, la Russie me fait penser à l’Inde, qui est à la fois un des lieux les plus beaux et les plus terribles. C’est la même chose avec la Russie. C’est un pays si étonnant, si intéressant, mais aussi si terrifiant. La Russie c’est tant d’écrivains, de compositeurs, de peintres, de philosophes, d’artistes, de scientifiques incroyables, une profonde culture et en même temps des pratiques parfois si exaspérantes… de la cruauté même. Mais c’est un pays que j’aime profondément et je me sens très chanceux de vivre une partie de ma vie ici."

De ses chansons, il dit qu’elles ne s’adressent pas spécialement aux Russes et que justement il essaie de ne pas s’adresser en particulier à un pays : "Il y a une même âme, qu’on soit américain ou russe. Les gens ont les mêmes espoirs, les mêmes craintes, ils veulent tomber amoureux, ils veulent un endroit sûr pour vivre".

Sur son site, on peut lire ce manifeste : "Brazzaville est dédié à cette idée naïve que le monde est un bel endroit, plein de merveilles".

Des microphones Soyuz

Mais David Arthur Brown n’est pas seulement un artiste américain en Russie, il est aussi entrepreneur. Il s’est associé avec un partenaire russe pour un projet étonnant et ambitieux : fabriquer et vendre des microphones de conception russe appelés Soyuz.

Son idée est de "combiner la technologie russe avec le design, le marketing et les contrôles de qualité occidentaux". Il explique que rien n’est réellement produit en Russie aujourd’hui, si ce n’est quelques industries lourdes comme l’armement, alors qu’il y a, selon lui, un vrai potentiel à utiliser cette maitrise technique héritée de l’époque soviétique. Tous les éléments des microphones proviennent de Russie et ils sont ensuite assemblés à Tula, ancien centre industriel, à deux heures de Moscou.

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Microphone
Soyuz

Concernant les raisons du succès de David Arthur Brown en Russie, on peut répondre que c’est certainement un coup du hasard fabuleux et fructueux, mais aussi qu’il a su trouver le bon langage en faisant référence à des lieux, à des codes locaux, car si les paroles sont universelles, les lieux, eux, sont souvent russes. Pour ses fans en Russie, il a aussi su conjuguer joie et mélancolie à la manière d’un Joe Dassin, la simplicité d’un artiste qui veut faire plaisir à son public et une sensibilité qui parle à l’âme russe.

Site de Brazzaville : ICI

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