Crimée: les sanctions tombent sur la Russie

Dans un contexte diplomatique plus que tendu entre la Russie et l’Occident, la Crimée organisera dimanche un référendum pour valider sa déclaration d’indépendance. L'Europe menace de sanctions, la Russie reste impassible.

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La carte de la Crimée sous les couleurs russes - REUTERS/BAZ RATNER

A trois jours du référendum, les autorités autoproclamées pro-russes ne doutent pas de l’issu des résultats. Après avoir déclaré la péninsule indépendante de l’Ukraine le mardi 11 mars, un vote adopté par 78 députés sur les 81 présents, ce référendum sera le moyen de valider une décision prise auparavant par le parlement de Crimée.
Sur le net, certains blogueurs ironisent à ce propos: « les résultats sont connus, 99% de oui…peut-être même 110% ! »

De son côté, Kiev répète qu’elle ne reconnaît pas la légitimité du parlement de Crimée mais n'interviendra pas dans la péninsule pour empêcher le référendum. Elle préfère placer tous ses espoirs dans les Occidentaux en priant qu’ils fassent plier Vladimir Poutine.

Le choix des sanctions

Depuis le début des évènements, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, et depuis peu l'Allemagne, menacent la Russie. En France, Laurent Fabius dénonce «un viol du droit international » et menaçait mardi dernier d’appliquer des sanctions « dès cette semaine ». Ce jeudi, le Parlement européen indique "dans les plus brefs délais".

Selon le journal russe Vedomosti, ces sanctions pourraient comporter un volet interdisant la coopération militaro-technique des pays-membres de l’UE avec la Russie. Le journal rapporte que selon la société « Volvo AB », la coopération conjointe entre « Renault Trucks » et « Oural wagon zavod » a été suspendue en raison des événements en Ukraine. Vedomosti fait également état du report des forums d’investissements étrangers de Sberbank et de la banque VTB qui devaient se tenir en avril à Moscou et à New-York. Les investissements étrangers en Russie «ne sont donc plus d’actualité », conclut le journal.
Par contre, les sanctions ne toucheront pas le plus gros projet de coopération entre l’UE et la Russie dans le domaine de la défense qui concerne la France avec la construction de deux bâtiments de type Mistral pour un contrat de 1.2 milliards de dollars.

L'Europe a gros à perdre

« Toute la difficulté pour l’Europe est de trouver des sanctions qui ne pénalisent pas les entreprises européennes implantées en Russie, où elles sont nombreuses à avoir d’importants contrats industriels ainsi que des joint-ventures. Cette question reste très délicate à manier», indique Nina Bachkatov, politologue et spécialiste de la Russie, qui rappelle que les entreprises européennes ne sont pas en très bonne santé depuis plusieurs années.

Pour mémoire, l’Allemagne est le premier partenaire commercial européen de la Russie avec 6.200 entreprises allemandes implantées et une relation commerciale qui représente plus de 76 milliards d'euros. 300.000 emplois allemands dépendent également des relations économiques entre les deux pays ; sa population est donc majoritairement opposée à des sanctions comme le révèle un sondage mené par l'institut Forsa pour la chambre de commerce germano-russe.

Mais l’Allemagne n’est pas la seule à avoir d’importants enjeux commerciaux dans le pays. La Hollande, l’Italie ou encore la France pour qui la Russie est le troisième marché à l’exportation hors Europe, et dont 37 des entreprises du CAC 40 sont présentes en Russie, ont gros à perdre.

Un pays cependant se réjouirait des affrontements entre Moscou et Kiev. Selon le journal russe Nezavissismaïa gazeta, les experts chinois voient des avantages économiques à la crise ukrainienne, dans la mesure où Moscou pourrait « réorienter sa politique énergétique vers la Chine.»

La Russie impassible

Face aux menaces, la Russie adopte une posture relativement sereine. L’économiste russe et vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch a ainsi déclaré dans les médias russes que les fluctuations de l'économie mondiale font davantage peur à Moscou que les sanctions des pays occidentaux.

« Il y a actuellement un côté autiste en Russie avec le refus de considérer la dimension complète de ce qu’on appelle pleinement « les sanctions économiques ». Dans un sens, la Russie a raison de penser qu’elle est dans un monde global et qu’elle ne peut pas être coupée du monde. Mais d’un autre côté, elle sous-estime le fait que son économie n’est plus aussi solide qu’il y a quelques années» rappelle Nina Bachkatov.

« Tout s’est emballé »

Selon la politologue, la situation actuelle est le résultat d’un « emballement » autant en Russie qu’en Occident.

«La situation à Kiev a trainé pendant trois mois avant d’avoir un dénouement extrêmement rapide. Je pense que personne n’était prêt. La Russie a voulu stabiliser la base de Sébastopol et s’assurer que les accords signés avec Ianoukovitch concernant la flotte russe en mer Noire ne pouvaient être remis en cause avec le nouveau gouvernement. Ensuite, il y a eu un emballement. Donc je pense que si au départ ce n’était pas une improvisation de la Russie, désormais elle navigue un peu à vue.»

Quoiqu’il en soit, aujourd'hui Moscou «assumera sa responsabilité historique» envers la Crimée comme l’a indiqué le représentant permanent de la Russie auprès de l'ONU, Vitali Tchourkine.

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