Coupe des Confédérations: Saint-Pétersbourg au rendez-vous

Tournoi international de moindre importance, la Coupe des Confédérations 2017 en Russie était surtout l'occasion pour le pays de répéter ses gammes à 1 an de la Coupe du monde 2018.

Photo Lukas Aubin

Sotchi, Moscou, Saint-Pétersbourg, et Kazan ont été mobilisées pour la Coupe des Confédérations. 4 villes rompues aux événements culturels de premier plan et dont l'identité sportive n'est plus à prouver

Une finale réussie

Saint-Pétersbourg est en ébullition. Nous sommes le dimanche 2 juillet 2017, la ville accueille la finale de la Coupe des Confédérations : Allemagne/Chili. L'affiche est belle, le lieu également. Deux continents représentés s'affrontant dans l'ancienne capitale de toutes les Russies.

S'il manque l'équipe russe c'est que le miracle n'a pas eu lieu. En effet, le niveau de la Sbornaya n'est plus celui des grandes années soviétiques et ici, personne n'est dupe.

"Il faut abandonner le football", lâche une femme, "à cause de la météo déjà, on ne va pas faire jouer nos jeunes par -20 degrés. Concentrons-nous sur le hockey sur glace ! C'est notre identité !".

Pourtant, malgré cette désillusion à l'égard du football local, l'effervescence est perceptible, alimentée par les supporters étrangers, venus en masse. Derrière la Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé, une fan-zone a été implantée. Jeunes et moins jeunes se sont réunis pour assister au match pour la troisième place opposant le Portugal au Mexique. Malgré l'absence de Cristiano Ronaldo, les Portugais l'emportent à l'arraché dans les prolongations. La foule est compacte, l'ambiance bon enfant.

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Pour sortir de la fan-zone, un check point : armée, police, OMON, les forces de sécurité sont présentes, mais beaucoup plus discrètes qu'à Moscou. Quelques semaines après l'attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg le risque était pourtant grand, et la tension potentiellement maximale. Mais c'était sans compter sur l'altérité pétersbourgeoise. Fondée par Pierre Le Grand pour être une fenêtre sur l'Europe, Saint-Pétersbourg est certainement la ville la plus occidentale de Russie.

"La ville a sa propre identité locale, sa propre histoire, ses propres symboles", explique Pauline, habitante de Saint-Pétersbourg. "Et de fait, elle a également sa propre manière de fonctionner."

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Les bénévoles, bras armé des organisateurs

Si tout semble se dérouler sans accrocs c'est que les bénévoles russes se sont mobilisés en masse pour indiquer aux fans toutes les informations dont un étranger pourrait avoir besoin. Le Palais d'hiver, le stade de Saint-Pétersbourg, la fan zone, etc. Ils sont les cartes et les dictionnaires de l'événement, dans une ville encore dominée par le cyrillique.

"Notre rôle est de faire en sorte que la Coupe des Confédérations se déroule bien. Pour nous c'est important de montrer que la Russie est un pays ouvert et accueillant!", explique Anastasia, volontaire pour l'occasion.

Le high five semble avoir été le mot d'ordre. Pas 100 mètres ne se passent dans Saint-Pétersbourg sans qu'un bénévole ne lève son bras au ciel dans l'espoir de claquer la main du tout venant. Ce n'est pas tous les jours que les caméras du monde entier sont braqués sur le pays autrement qu'à cause d'un incident diplomatique, d'un conflit militaire, ou d'une énième provocation de Vladimir Poutine.
D'ailleurs quand ces sujets sont évoqués les réponses sont lapidaires.
"Nous ne sommes pas ici pour parler politique, le football c'est la fête !", explique Anastasia.

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Une Russie à deux têtes

En réalité, la Russie de Vladimir Poutine a deux têtes, comme l'aigle impérial. La première est politique et régulièrement en contradiction avec ses interlocuteurs occidentaux quand la seconde est culturelle et davantage ouverte sur le monde, souriante, et accueillante. Cette dualité est particulièrement visible durant la Coupe des Confédérations.

En effet, pour l'occasion les organisateurs ont mis les bouchées doubles afin de recevoir comme il se doit les supporters étrangers. L'enregistrement à l'ambassade se fait désormais en 24h alors qu'une semaine est nécessaire d'habitude. Les déplacements en train d'une ville organisatrice à l'autre sont gratuits à condition d'avoir un billet pour tel ou tel match et de s'y prendre à l'avance.

Juan Carlos, supporter chilien, en a fait les frais : "Je me suis présenté à une gare à Moscou afin de me rendre à Saint-Pétersbourg pour la finale, la dame du guichet m'a fait prendre un train bondé ! Le trajet a duré 10h et je suis arrivé à Saint-Pétersbourg à 1h du matin, sans savoir où dormir."

Le stade, joyaux à 1 milliard d'euros

Mais ces petites mésaventures sont rapidement oubliées une fois sur place. Le stade de Saint-Pétersbourg est un véritable joyaux architectural. Construit sur l'île Krestovsky, il est, du haut de ses 56 mètres, le stade le plus grand de Russie.

"It's a fucking spaceship", lance un journaliste de ESPN hors antenne quelques minutes avant la finale. Son écrin bleuté à la nuit tombé et sa forme ovale ont été conçus pour rappeler ceux d'un vaisseau spatial qui se serait posé au milieu du golfe de Finlande. Force est de constater que l'ouvrage est impressionnant et que le pari est réussi. C'était pourtant loin d'être gagné.

A l'origine du stade, l'architecte Kisho Kurozawa qui gagne haut la main l'appel à projet en 2006 avant de mourir en 2007. Sans son superviseur en chef, la construction du stade est chaotique. Gazprom, son principal investisseur, se retire en 2009 dans une ambiance flottante sur fond de corruption. La ville de Saint-Pétersbourg reprend le projet via Inzhtranstroy-Spb mais, accusée d'être en défaut de paiement de plus d'1 milliard de roubles en juillet 2016, la ville est contrainte par la justice de céder sa place à son tour.

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Le 1er août de la même année, l'ampleur des dégâts est dévoilée à la presse : inondations, structures métalliques endommagées par le vent. La construction du stade, qui devait être terminée en 2008 à l'origine, stagne. C'est finalement Metrostroy qui reprend l'ouvrage et qui, dans la dernière ligne droite, le termine à temps pour Coupe des Confédérations 2017 avec 8 années de retard sur la date originelle de livraison. Coût total ? Environ 1 milliard d'euros, soit 10 fois plus que son estimation de base. Qu'importe les moyens, la Russie est toujours à l'heure.

Enfin, le coup d'envoi est donné devant les 64.000 personnes présentes pour la finale. Russes, Chiliens, et Allemands sont mélangés dans un joyeux bruissement des langues. Loin de tous débats politiques, les discussions tournent principalement autour du fait que l'équipe de Russie est mauvaise, que celle du Chili est en passe de réussir un exploit, et que l'Allemagne fait comme d'habitude, gagner. Finalement, la Nationalmannschaft l'emporte au terme d'une partie à suspense.

Puis, alors que les supporters regagnent progressivement leurs pénates au gré des chants, un feu d'artifice clôture l'évènement. Dans un élan de patriotisme improvisé par quelques supporters, l'hymne russe résonne au loin. Il est rapidement repris par des dizaines de personnes.

"Vous allez voir, l'année prochaine nous serons là !", hurle un fan russe plein d'espoir. Le rendez-vous est pris pour la Coupe du Monde de football 2018.

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