Coopération spatiale franco-russe: «les biscuits secs ont remplacé le caviar»

Si Phobos ou encore Galiléo sont des succès de partenariats franco-russes, la collaboration d'aujourd'hui est encore loin des embrassades chaleureuses de ses débuts d’après l’astrophysicien Claude d'Uston.

La sonde Phobos-Grunt devrait rejoindre Phobos au printemps 2013. Son but est de collecter des échantillons de ce satellite de Mars, en orbite à environ 6.000 km de la planète, et de les ramener sur Terre, afin de déterminer les caractéristiques de sa surface. Crédits: Ill. Roscosmos.

En octobre dernier un symposium se tenait à Moscou, dans les locaux de l'IKI, l'Institut de recherches spatiales russes. Plusieurs chercheurs étrangers étaient invités pour discuter de l'actualité spatiale.

Parmi eux quelques français, dont Claude d'Uston, chercheur à L'IRAP, l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse.

Fidèle des rencontres spatiales franco-russes depuis leurs débuts, Claude d'Uston connait les aléas, comme les bruits de couloir de cette collaboration.

Le thé et les biscuits secs ont remplacé la vodka et le caviar

En 1966, le Général De Gaulle initiait une collaboration entre la France et l'Union Soviétique pour la recherche spatiale. De «grandes messes spatiales» sont alors organisées. Claude d'Uston est encore étudiant quand il vient pour la première fois en URSS, en 1974. Il se souvient que les Français «étaient accueillis dans les laboratoires comme des rois».

Depuis, 50 ans se sont écoulés: la chute de l'URSS a fortement refroidi les échanges diplomatiques, puis les gouvernements ont changé, et de nouveau, des accords politico-économiques ont été signés entre les deux pays.

«Aujourd'hui cette époque est révolue. Les chercheurs russes ne nous déroulent plus le tapis rouge. Le thé et les biscuits secs ont remplacé depuis longtemps la vodka et le caviar à profusion

Les liens du passé

Cependant pour les chercheurs, les échanges scientifiques ont continué et les relations sont devenues même plus amicales. D’ailleurs, pendant les périodes difficiles, et encore récemment, plusieurs chercheurs russes ont intégré des laboratoires internationaux.

«Dans le cadre de programmes européens, des ingénieurs russes venaient en France. C'était l'occasion d'un échange scientifique, mais l'objectif était surtout d'aider nos amis russes. Logés, nourris et payés comme nous, ils gagnaient plus d'argent qu'en Russie et faisaient ainsi des économies pour mieux vivre dans leur pays et continuer leurs recherches», rapporte Claude d'Uston.

Si aujourd'hui de nouveaux accords politiques sont signés pour des programmes spatiaux franco-russes et même internationaux, les échanges scientifiques actuels vivent sur les liens tissés depuis les années 70.
Claude d'Uston explique d’ailleurs être invité à ce symposium pour ses compétences «mais aussi parce que dans le petit monde de la recherche spatiale, les chercheurs russes me connaissent

Phobos, un nouveau départ pour les Russes

Le 8 novembre, une fusée Zénit partira de Baïkonour, au Kazakhstan, destination Phobos, un satellite naturel de Mars.

Cette mission interplanétaire, nommée Phobos-Grunt, est la première mise en œuvre par la Russie depuis 1996. Plusieurs pays européens dont la France y ont collaboré.
«Avec ce projet, les Russes veulent de nouveau avoir leur place dans l'exploration du système solaire. La mission russe Phobos-Grunt est très ambitieuse. La sonde envoyée va devoir exécuter une opération très délicate, à savoir atterrir sur une surface très petite, d'une vingtaine de kilomètres, et prélever de la matière. Les chercheurs russes savent construire et lancer des fusées, mais s'occuper d'un satellite, le mettre en orbite ou le faire revenir sur Terre est vraiment autre chose», indique Claude d'Uston.

Après des années d'absence et l'échec de la précédente mission russe Mars 96, Roskosmos, l'agence spatiale russe, a perdu sa crédibilité: «Plus qu'explorer la Lune ou Mars, les scientifiques russes doivent démontrer à la communauté spatiale internationale qu'ils n'ont pas perdu leur expertise.»

La réticence du CNES

Le lancement de la fusée russe Soyouz du Centre spatial Guyanais, ou encore les annonces officielles d'une collaboration spatiale entre la France et la Russie, cachent une autre réalité selon Claude d'Uston:
«Si la France ne semble pas hostile au retour des Russes dans l'étude su système solaire, le CNES, (Centre National d’Etudes Spatiales) ne veut pas participer à leurs nouveaux projets et a annoncé qu'elle préfère étudier Mars et les satellites de Jupiter

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Pour Claude d'Uston, cette attitude frise l'idiotie.
«Les responsables du CNES affirment qu'ils n'ont pas d'argent à donner aux projets russes, mais je crois surtout qu'ils ont peur que les missions russes ne soient pas assez fiables

L’astrophysicien français espère que la réussite de Phobos marquera la fin d'une époque, et que de nouveau, le CNES souhaitera travailler activement avec les laboratoires de recherche spatiale russes.

A propos de Phobos-Grunt, information actualisée à 7:34 ce matin: La sonde russe lancée cette nuit a échoué à prendre sa trajectoire vers Mars et reste en orbite autour de la Terre, a indiqué ce matin l'Agence spatiale russe (Roskosmos), ajoutant qu'elle avait trois jours pour régler ce problème.



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