Ces Russes qui vivent sur la Côte d’Azur

Adieu la caricature bling-bling et tapageuse, les Russes de la Côte d’Azur deviennent des Monsieur et Madame Tout-le-monde. Portrait d’une communauté intégrée, dont le sentiment identitaire reste fort.

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Dessin de Deligne, dessinateur et caricaturiste de presse

Sur la Côte d’Azur, les Russes se répartissent entre la principauté monégasque et Saint-Tropez. Sur la Riviera, ils sont associés à un univers de luxe, d’argent et de paillettes, et pour le piquant, d’un peu de mafia distillée par les oligarques. L’image est glamour, bien qu’un peu surannée aujourd’hui. Mais il y a une dizaine d’années, seuls les milliardaires russes venaient s’installer ou passer leurs vacances dans cette région de France.

Aujourd’hui, le profil des Russes a tendance à changer. Entrepreneurs, médecins, juristes, hommes d’affaires, c’est toute la classe moyenne russe qui a désormais les moyens de venir s’installer dans le sud de la France. La Riviera n’est ainsi plus réservée à une élite sociale.

Ils sont environ 20 000 russophones à résider, ou à venir de façon saisonnière, sur la Côte-d’Azur, se répartissant entre Saint-Jean-Cap-Ferrat, le Cap-Antibes, le secteur de la Californie à Cannes ou encore dans les hauteurs de Saint-Tropez. Certains travaillent la semaine en Russie et rejoignent le week-end, par le vol direct Moscou-Nice, le sud de la France où leur famille est installée.

Historiquement, les Russes sont implantés dans cette région de France depuis le siècle dernier. C’était le lieu de villégiature favori de l’aristocratie avant qu’elle ne s’y implante définitivement après la Révolution. Des Russes blancs aux "nouveaux Russes" jusqu’à la classe moyenne, le lien entre la Côte d'Azur et la Russie est naturel.

"Les Français pensent que tous les Russes sont riches"

Depuis 10 ans, la population russophone établie durablement dans le sud de la France ne fait qu’augmenter. A Monaco, par exemple, une école russe va ouvrir ses portes pour accueillir les nombreux russophones de la Principauté. Ailleurs, les enfants sont scolarisés dans des écoles internationales. Les parents travaillent en général dans le commerce du luxe (immobilier, yachting, conciergerie etc.).
Parmi eux, on trouve également de jeunes couples qui ont décidé de commencer leur vie professionnelle et familiale en France pour de meilleures perspectives et pour une meilleure qualité de vie. Ils travaillent en tant que traducteurs ou sont salariés dans l’hôtellerie ou dans des boutiques de luxe, explique Jérémie, co-responsable du site Rusinfo-méditerranée.com.

Alexandre Popov, propriétaire du journal Le journal russe de Monaco et Côte d'Azur, s’amuse des croyances des locaux qui imaginent que les Russes sont toujours très riches : "Les Français ont tendance à penser que chaque Russe qui s’installe ici est millionnaire en dollars ou en euros, ce qui n’est pas vrai. Il y en a, mais cela ne représente pas tous les Russes". "C’est sans doute parce qu'ils ont l’habitude de dépenser leur argent jusqu’au dernier sou", plaisante t-il.

"Les Russes deviennent comme tout le monde"

Regardés il y a quelques années comme des rustres aux goûts prononcés pour le bling-bling, ils sont perçus différemment aujourd’hui.
Michel Dotta, président de la Chambre de développement économique monégasque, soulignait ainsi lors d’une interview dans Nice-Matin : "Souvenez-vous, il y a 40 ans, les gens du Moyen-Orient faisaient des méchouis dans les couloirs du Carlton. Aujourd'hui, leurs fils sont plus raffinés que nous. Les Russes deviennent comme tout le monde. Souvent d'ailleurs cela vient des femmes. Les femmes russes sont très sophistiquées, elles s'adaptent très vite et parlent très bien les langues étrangères."

"Nous sommes bien acceptés car nous avons des valeurs communes, et nous sommes chrétiens. De plus, les Russes parlent rapidement le français, et s’intègrent vite dans la communauté française", confirme Alexandre Popov, qui rappelle encore que la nouvelle vague de Russes sur la Côte d’Azur est constituée de personnes issues de la classe moyenne, plus discrète.

Les locaux se mettent au diapason

Pour les locaux, cette population génère un fort dynamisme économique. Les Russes de la Côte d’Azur sont des bons vivants : ils aiment s’amuser, consommer et se faire plaisir. Une aubaine pour les professionnels qui ont su s’adapter rapidement à cette nouvelle clientèle très consommatrice.
Les agences immobilières de luxe ont ainsi traduit leur site internet en russe, et les restaurants haut de gamme leurs menus. De nombreux sites internet d’information et des magazines russophones ont été créés pour parler de l’actualité de la région et celle de la communauté russe. C’est le cas du journal sur le web Rusinfo-méditerranée, co-dirigé par un Français et une Russe, destiné à offrir des informations pratiques à la communauté russophone. Parallèlement, l’équipe du journal organise régulièrement des événements dans des lieux prestigieux de la Côte "pour permettre aux russophones et aux russophiles de se rassembler et de mieux se connaître", explique les responsables du site.

Dans le même esprit, le mensuel Le journal russe de Monaco et Côte d'Azur, édité en cyrillique, s’adresse aux russophones et les informe de l’actualité azuréenne. Tiré à 10 000 exemplaires, il est distribué gratuitement dans les restaurants, les aéroports, chez les commerçants, les hôtels et dans les boutiques de la région. A sa tête, le Russe Alexandre Popov, installé depuis 2 ans à Cap d’Aïl, à la limite de Monaco.

"Je n’oublie pas que je suis russe"

Alexandre Popov fut l’un des premiers à avoir lancé dès 1992 des magazines d’informations pratiques en langue russe en Europe.
"J’habite en Europe depuis 1972, date à laquelle j’ai quitté l’Union soviétique avec mes parents. Depuis j’ai vécu en Autriche, en Hongrie et maintenant en France". L’entrepreneur a beau se définir comme "un européen aux origines russes", il garde un sentiment identitaire très fort avec la Russie : "Ma langue maternelle est le russe. Mon père et ma mère, décédés depuis, sont rentrés à Moscou et mon fils a pris la décision d’y partir. Il travaille dans la capitale russe comme expatrié. Moi même, je n’y vais que rarement car je n’ai pas de business là-bas."

Regina Konyukhova vit à Nice depuis 2009 où elle est clerc de notaire. "Je vie en France et je ne retournerai pas vivre en Russie car j’aime vivre à l’étranger. Mais la Russie est ma patrie, et je suis fière d’être russe. J’y retourne régulièrement pour mon travail mais aussi avec mes enfants. Je suis très attachée à mes traditions et à ma culture. Je n’oublie pas que je suis russe", déclare la jeune femme.

Anna Alexandrova vient d’Ekaterinbourg. Elle vit à Nice depuis 9 ans. Venue pour ses études, elle continue sa thèse tout en travaillant. Comme Regina, elle ne pense pas retourner vivre en Russie, et ne s’y rend d’ailleurs pas pendant ses congés. "Ce sont mes parents qui viennent me voir", explique t-elle.
"Bien-sûr, je suis concernée par l’actualité de mon pays. J’en discute avec mes parents et je regarde les informations. Mais bien que je sois russe, je ne pense pas que j’aimerais y retourner. Ma mentalité et ma vision de la vie sont désormais plus européennes et en dehors de Moscou et Saint-Pétersbourg, se réadapter à la Russie doit être difficile."

Une communauté soudée

Pour la majorité des russophones, le lien avec leur pays reste très fort et s’exprime avant tout à travers un attachement inconditionnel à leur culture, leur langue, leur religion et leurs traditions. "A Nice, lors du festival des films russes, environ 300 russophones sont restés à l’extérieur tellement il y avait de monde (…) En ce qui concerne la gastronomie, il existe dans un seul quartier de Nice au moins six magasins qui ne vendent que des produits alimentaires russes", rappelle Alexandre Popov.
Regina Konyukhova confie également être "heureuse d’être entourée de russophones à Nice".

L’harmonie de la communauté russophone tient sans doute au fait qu’en dehors de toutes expressions culturelles, elle reste détachée de l’actualité de son pays. Pas de politique ! Depuis le début de l’affaire Ukrainienne, par exemple, Alexandre Popov souligne que la communauté russophone est soudée et solidaire. "Vous savez j’ai quitté la Russie lorsque c’était l’URSS, alors moi, je ne fais pas de différence aujourd’hui entre les peuples. Mais de façon plus générale, nous ne sommes pas tous concernés par la politique de la Russie. D’ailleurs, il n’y a pas de conflit dans notre communauté depuis le début de la crise qui oppose la Russie à l’Ukraine", affirme t-il.

Et pour mieux souligner ses propos, il indique avoir été invité pour célébrer la fête nationale ukrainienne, "alors qu’ils savent que je suis russe."

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Portrait de JeanMarius83
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Pour ces gens-là je n'ai que du dégout, l'argent qu'ils ont et qu'ils dépensent à l'étranger, c'est immoral, ils devraient faire vivre leur pays et l'enrichir au lieu de s'étaler et de frimer en FRANCE, je trouve leur position totalement abjecte. S'ils aidaient les Russes les plus pauvres au lieu de se faire mousser en France. J'ai eu vu une fois en me déplaçant, dans cette région où nous avons de la famille depuis les années trente, un attroupement, c'étaient des Français sans envergure qui admiraient l'étalement de leurs richesses, gros bateau et grosse voiture, de plus ils restent plantés là environ un mois et finissent par partir avec du personnel spécialisé, ( ce n'est que le coté positif de cette gabegie ). Que du matériel très cher, trop cher ; qui ne sert qu'à frimer. C'est tout à fait primaire, ils aideraient leur peuple, alors là je pourrais les admirer. ils sont égoïstes, égocentriques. Si l'on pouvait faire enquêter sur la provenance de cet argent, je suis sûr et certain que cela doit être étrange et puant. Je déteste cette manière de faire. Agir de la sorte pourrait et devrait déclencher une révolte, peut-être sont-ils trop bien élevés ; ou ont ils peur du service d'ordre. Bref ils m'écœurent totalement, ces riches. je ne supporte pas l'iniquité.

Jean-Marius-Var.



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