Ces Russes qui apprennent l’étiquette à la française

L’Etiquette à la française reste une valeur sûre. En témoigne à Moscou, un groupe de Russes participant à une formation au protocole français.

Anne Debard, qui anime le séminaire de l'étiquette à la française, met en situation Dimitri et Olga, deux des participants

« Vous êtes des barbares, regardez l’Europe», assénait Pierre le Grand à son peuple, en considérant les comportements et les manières de ce dernier.
Depuis, le modèle de la bonne éducation pour les Russes vient inexorablement du Vieux Continent et particulièrement de la France et de sa fameuse « étiquette ».

A Moscou, des séminaires et des formations « de bonnes manières » sont organisés pour ceux qui veulent améliorer leurs connaissances du protocole français. Les candidats - en majorité des femmes – prennent l’initiative de s’inscrire pour des raisons professionnelles mais aussi personnelles.

Ne pas être jugé sur ses manières

Dimitri est un homme d’affaires qui travaille essentiellement à l’international. Face à des étrangers, il ne veut pas être jugé sur ses manières et fait en sorte que rien n’entache la relation « business ».
«C’est très important de savoir comment se tenir en société avec des Européens quand on traite de gros projets. Je veux me sentir sûr de moi, que ce soit lors d’une présentation de travail ou lors d’un repas.
Je ne veux pas que de petites choses interfèrent sur les affaires et les perturbent. Lorsque l’on rencontre quelqu’un, on regarde comment il mange, comment il parle, comment il bouge, et très souvent les hommes d’affaires russes ne font pas bonne impression. Ensuite, c’est très dur de changer la perception qu’une personne a de l’autre
. »

Svetlana, quant à elle, postule pour travailler dans une compagnie aérienne de jets privés qui transporte des VIP et riches hommes d’affaires. Elle veut se sentir en confiance dans son rôle «d’hôtesse modèle ».
«De quel côté servir, comment accueillir un client ? Voilà des situations qui pourront me mettre en difficulté donc l’apprentissage de l’étiquette m’aide à avoir confiance, et en plus cela consolide mon CV », explique la jeune femme.

Lors des séminaires, les candidats étudient - entre autres -, comment se présenter, comment adapter leur apparence en fonction des situations, les gestes de la galanterie, mais aussi la composition d’un service de table, le nappage et pliage des serviettes, l’utilisation des couverts et des verres…

Un outil d’intégration

Anne Debard, Présidente de l’école « L’étiquette à la Française » à Montpellier, a assuré la formation d’un groupe à Moscou, en partenariat avec ArtClub et l’Agence FranceComm, deux sociétés qui travaillent à la promotion du protocole français en Russie.

«L’étiquette, ce n’est pas que les codes de bonnes manières. C’est avant tout un outil d’intégration», précise t-elle.

« Quand on est en compagnie d’Européens, les règles de conduites russes ne sont pas suffisantes», ajoute Ella Motiliova, fondatrice de l’agence FranceComm. «D’ailleurs, les Russes se repèrent tout de suite à l’étranger. Or, ceux qui font ces formations ne veulent justement plus être remarqués, ils veulent s’insérer, et cela commence par le comportement

Briller dans sa propre maison

Le coût de la formation conduite par Anne Debard s’élève à 24 000 roubles (environ 615 euros) pour trois jours pleins. Un coût non négligeable qui représente aussi une part de rêve pour certaines des participantes. «C’est un plaisir personnel comme l’achat d’un parfum cher que l’on ne met pas », révèle la spécialiste de l'étiquette qui ajoute que de nombreuses femmes s’inscrivent juste pour briller dans leur propre maison.

L’une d’entre elles confie avoir épousé récemment un riche homme d’affaires, et apprendre l’étiquette à la française pour se sentir en confiance dans le milieu social de son mari, dont la plupart des amis ont étudié à l’étranger.

Image of Usages du monde : Règles du savoir-vivre dans la société moderne
Manufacturer: Editions Tallandier
Part Number:
Price: EUR 8,00

Une autre participante, Anna, dit appartenir à « l’élite de la classe moyenne ». Elle participe également à titre personnel à cette formation, « pour sa propre culture, celle qu’elle n’a pas reçue dans sa famille ».
Elle veut apprendre les bons gestes à avoir en société et surtout, elle ne veut plus entendre que les Russes se comportent mal.

La référence en bonne manière reste donc bien française pour les Russes. Toutefois, à la fin du séminaire, Anne Debard met en garde les participants, car en France, ils pourraient être déçus en découvrant que l’étiquette est loin d’être toujours appliquée.

Retrouvez Aujourd'hui la Russie sur Facebook

Nouveau ! Aujourd'hui la Russie est aussi sur Twitter

0


0
Login or register to post comments