Cécile Plaige, artiste franco-russe polymorphe

Cécile Plaige est arrivée à Moscou à 20 ans. Elle est aujourd’hui comédienne de théâtre, actrice, présentatrice télé et DJ. Portrait d’une Française qui a construit sa vie artistique en Russie et qui nous décrit sa vision de la scène moscovite.

RUSSIE INFO : Comment en êtes-vous arrivée à mener une carrière artistique en Russie, alors que vous connaissiez très peu ce pays ?

Cécile Plaige : Je suis arrivée en Russie à l’âge de 20 ans car je faisais du patinage artistique de haut niveau. Bien que ma mère soit russe, je n’avais jamais vécu à Moscou auparavant. Mon entraîneur et mon partenaire étaient eux-mêmes russes, et mon père avait obtenu un travail et un appartement à Moscou : pour des raisons économiques j’ai donc déménagé là-bas.

En 2000, j’ai arrêté le patinage sur glace car je ne voulais plus faire de compétition, et j’ai suivi des études de théâtre. Je suis devenue comédienne de théâtre et de cinéma. Dernièrement, j’ai joué dans Эбигейл (Abigaïl) un film russe d’aventures fantastique, ou encore Русалка. Озеро мертвых (Mermaid, le lac des âmes perdues. J’adore tourner mais étrangement, on me confie souvent des rôles dramatiques, alors que la comédie est mon registre préféré.

Mais j’ai une plus large palette d’activités. Je présentais par exemple une émission télé humoristique jusqu’à l’année dernière, Cécile au pays des merveilles sur la chaîne touristique моя планета (Ma planète). L’idée était de montrer les régions russes avec humour à travers les yeux d’un voyageur étranger.

Et aujourd'hui, je suis aussi DJ dans des bars moscovites.

RUSSIE INFO : Les différences culturelles ont-elles parfois été un obstacle ?

Cécile Plaige : Oui, je complexais beaucoup car je ne comprenais pas l’humour russe, je me sentais handicapée. Or, je voulais prouver que j’étais drôle et j’ai donc commencé à écrire et à faire du stand-up il y a environ cinq ans. Ce fut un long travail pour cerner l’humour, l’intonation… Aujourd’hui, j’ai compris les règles du jeu mais je n’en fais plus, car c’est un métier où il faut écrire tous les jours et je manque d’inspiration.

RUSSIE INFO : Comment devient-on comédien en Russie ?

Cécile Plaige : Pour ma part, j’ai étudié à l’Académie russe de l’art théâtral de 2005 à 2010. En Russie, il faut faire une école de théâtre car le système est assez élitiste et institutionnel, et c’est la seule solution pour intégrer un théâtre de troupe.

A Moscou, les étudiants de quatrième année passent les castings organisés par les théâtres de Moscou pour recruter les diplômés. Parfois, certains directeurs cherchent des acteurs non professionnels, mais c’est stipulé. Pourtant, les choses changent un peu, aujourd’hui certains comédiens ont un passé d’acteur télé.

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Cécile Plaige
Archive personnelle

RUSSIE INFO : Quelles différences notez-vous entre le jeu des acteurs russes et celui des français ?

Cécile Plaige : L’apprentissage du jeu est similaire dans le monde entier. Les acteurs apprennent en général la méthode Stanislavski, du nom d’un célèbre professeur d’art dramatique russe du 19e et 20e siècle. Cela dit, même si je n’ai jamais travaillé en France, je dirais que les acteurs russes ont probablement plus tendance à se jeter corps et âme dans leur rôle et pour cela ils sont fantastiques.

Par rapport aux comédiens français, les Russes réagissent aussi différemment aux répliques de films : les émotions visuelles et intérieures ne sont pas les mêmes. J’imagine que ma manière de jouer n’est pas très russe, surtout au niveau psychophysique, dans ma façon d’interpréter et d’associer des émotions au texte. On m’appelle par exemple souvent pour des rôles de femme française. Cela ne me dérange pas de jouer ces rôles quand c’est bien écrit, et c’est même avantageux car on fait tout de suite appel à moi.

RUSSIE INFO : Comment le métier de comédien est-il considéré en Russie ?

Cécile Plaige : Très différemment qu’en France. L’acteur ne fait pas partie d’un "star system", c’est-à-dire qu’il n’est pas l’objet d’un culte ou d’un prestige aussi fort qu’il pourrait l’être en France. On romantise moins les carrières d’acteurs.

Cela s’explique avant tout par le fait que les acteurs sont encore principalement des acteurs de théâtre, il y a moins ce côté "grosse tête" du cinéma. Ils tournent des films seulement quand leurs directeurs de théâtre les y autorisent. Les semaines peuvent être donc très chargées, et de plus, les payes sont bien moins attirantes. En Russie, ce n’est donc pas comme si tout le monde voulait être comédien.

RUSSIE INFO : Pensez-vous que le cinéma russe s’exporte bien ?

Cécile Plaige : Oui, c’est déjà le cas. Ces dernières années, la qualité des films et des séries a beaucoup évolué grâce à l’ouverture internationale et l’augmentation du nombre de productions.

Mais les festivals internationaux aiment les films russes stéréotypés, ceux qui dépeignent les conflits sociaux, la pauvreté ou la situation politique. Les comédies et les films sur la classe moyenne pourraient très bien s’exporter si le regard extérieur changeait.

RUSSIE INFO : Vous verriez-vous mener votre carrière en France ?

Cécile Plaige : Je me sentirais tout à fait capable de faire la même chose en France. Le problème, c’est que je dois trouver un agent en France pour pouvoir tourner, et il faut se faire un nom pour trouver un agent : c’est un cercle vicieux. Il y a aussi une plus forte compétition... Peut-être aurais-je cette opportunité dans le futur, je croise les doigts car je suis devenue aussi superstitieuse que les Russes !

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