Business: "Il faut avoir de belles histoires à raconter à la Russie"

Depuis 20 ans qu’il vit en Russie, Johan Vanderplaetse, CEO d'Emerson Russie, est sans doute devenu le plus russe des Belges. Témoin de la métamorphose du pays, il constate aujourd’hui l’extrême rentabilité de son marché économique.

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Johan Vanderplaetse lors d'un séminaire

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Vanderplaetse

Johan Vanderplaetse est à la tête de l’entreprise américaine Emerson Russie, dont le chiffre d’affaires annuel dépasse les 500 millions de dollars et devrait grossir à 1 milliard dans les 5 années à venir. Il occupe ce poste depuis 2009, après avoir travaillé comme CEO chez Alcatel Russie pendant plus de 15 ans. Il est également le président du Belgian Russian Business Club (BRBC).

Aujourd’hui la Russie : Pourquoi avoir choisi de venir travailler en Russie ?

Johan Vanderplaetse : C’était en 1992, j’avais 24 ans. Mon arrivée en Russie est la combinaison de plusieurs éléments. Le pays s’est ouvert alors que je finissais mes études de droit à l’université de Gent. C’était la fin de l’URSS. Le pays était inconnu, fascinant, promettait l’aventure et de nombreuses perspectives de carrière pour le jeune juriste que j’étais. A l’époque, je rêvais de travailler pour de grandes organisations internationales comme l’Union européenne ou l’Otan. J’étais surtout persuadé que le pays aurait besoin de juristes occidentaux. J’ai donc pris la décision de venir y étudier la langue à l’Institut Pouchkine. Je ne suis jamais reparti.

ALR : Vous avez donc assisté à la métamorphose de la société russe, quel regard portez-vous sur l'évolution du pays ?

Johan Vanderplaetse : C’est absolument incroyable, tout a changé. Et en seulement 20 ans. Parfois, je pense que c’est le monde à l’envers : l’Union soviétique était communiste quand nous vivions le capitalisme, et maintenant il m’arrive de penser que c’est le contraire. La Russie est devenue un pays super capitaliste, parfois trop, tandis qu’en Europe de l’ouest, il me semble que nous manquons de dynamique privée. Aujourd’hui, malgré les différents problèmes que connaît la Russie, le progrès est remarquable. Le niveau de vie des Russes a beaucoup évolué. Il y a vingt-ans, les salaires approchaient les 200 dollars par mois, les magasins étaient vides, il n’y avait rien. Le changement de société a été phénoménal.

Aussi, cela m’agace quand je lis la presse en Europe ou aux Etats-Unis car on ne parle que des problèmes qu’il y a en Russie. Même s’ils existent, il n’est jamais mentionné les réalisations spectaculaires qu’effectue le pays.

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ALR : Selon-vous, quelles sont les clés pour réussir dans les affaires en Russie ?

Johan Vanderplaetse : Tout d’abord, il convient de rappeler que l’un des plus graves problèmes dans le business en Russie est la corruption, et il me semble très important de ne pas participer à ce type de système. Mes convictions personnelles et mon expérience me poussent à croire que l’on peut tout à fait faire des affaires de façon légitime en Russie, et les développer sur le long terme, sans toucher à la corruption.

Ensuite, la localisation et la régionalisation sont deux des clés incontournables pour réussir en Russie. Tout d’abord, le pays ne doit pas être considéré comme un marché d’exportation ; il faut produire sur place. Si nous prenons le cas d’Emerson Russie, nous avons notre propre usine dans le pays et nous employons dans la filiale environ 1.600 personnes. Nous avons également un centre de recherche et de développement pour le marché global d’Emerson. Nous produisons donc beaucoup sur le terrain russe. Non seulement cela nous évite des problèmes de transport et de logistique, mais cela donne aussi des atouts face aux autorités locales quand on a une belle histoire à raconter sur la localisation de la production dans leur pays.

Enfin, la régionalisation est importante parce que la Russie est un pays immense. Il y a beaucoup de sociétés étrangères qui s’installent à Moscou et pensent que c’est la Russie. Ce n’est pas vrai. Bien sûr il faut être à Moscou où se situe le centre décisionnel du pays, mais nos clients sont aussi dans les régions, en Sibérie ou dans la Volga, il est donc nécessaire d’avoir des équipes auprès d’eux. De plus, le coût des affaires est particulièrement cher à Moscou, et le plein emploi dans la capitale crée un marché très compétitif où il est difficile de trouver des employés fidèles.

ALR : Qu’en est-il des relations humaines ?

Johan Vanderplaetse : Il faut accorder du temps à son network. C’est primordial dans un pays où un PDG russe ne veut avoir comme interlocuteur qu’un homme de son niveau. Cela implique un gros investissement pour établir les contacts mais j’apprécie beaucoup cette dimension très personnelle dans les affaires.
Ma vision est qu’il faut avoir un «high profile» en Russie pour se protéger des bandits et de toutes sortes de mafia, mais aussi pour avoir les bons supports politiques pour développer ses affaires.

ALR : Travailler le Network, c'est également ce que vous faites à travers le Belgian Russian Business Club (BRBC) ?

Johan Vanderplaetse : Le networking étant au cœur des affaires en Russie, la BRBC permet effectivement de faire des rencontres intéressantes et surtout de se retrouver entre concitoyens. C’est une petite chambre de commerce belge, sympathique et ouverte à tous, créée en 2012, et dont je suis le président. Nous avons vocation d’aider ceux qui veulent travailler en Russie mais ne connaissent pas le «chemin», et nous échangeons avec des entrepreneurs qui ont des problématiques communes.
Quand deux Belges se rencontrent de quoi parlent-ils ? Nous parlons des uns et des autres, de nos familles et de la Russie. Un pays extrême, aimé ou détesté. Je ne suis pas masochiste, si j’y vis depuis si longtemps c’est que je l’aime vraiment beaucoup. Il est fascinant, les gens sont merveilleux et ont un sens de l’humour extraordinaire.

ALR: Etes-vous un grand promoteur de la Russie auprès des investisseurs étrangers ?

Johan Vanderplaetse : Bien sûr, j’encourage les investisseurs à venir en Russie. Lorsque l’on travaille ici, on se rend compte que la réalité est complètement différente de ce qu’on lit dans la presse d’Europe de l’ouest. Le marché est très rentable et il y a encore beaucoup à faire pour les grandes entreprises. Par ailleurs, la Russie est très ouverte car elle a besoin des compétences étrangères, c'est pourquoi elle est un des rares pays où l’on voit des étrangers dans le top management de ses entreprises.
A travers le BRBC, nous voulons convaincre les entrepreneurs étrangers que, même si la Russie est un pays complexe et difficile, le marché est là et permet de faire des affaires de façon spectaculaire. Cela vaut l’effort.
Bien sûr, il y a beaucoup de choses qui font mal en Russie, tout n’y est pas rose. Mais néanmoins ce n’est ni le goulag, ni un pays d’horreur.

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Portrait de Sasha

"Avoir un high profile en Russie protège des bandits" montre aussi que ce n'est pas si simple de se faire une place en Russie quand on est étranger, même si cela, c'est vrai, vaut le coup. Merci pour cette vision objective du monde du travail en Russie.



Portrait de Milla

Intéressant. C'est agréable de lire un décideur européen qui a une si bonne approche de la Russie !



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