Blablacar ne connaît pas la crise en Russie

La Russie et l’Ukraine ont été les premiers pays, en dehors de l’Union européenne, où la fameuse start-up française BlaBlacar spécialiste du covoiturage s’est implantée. Elle y rencontre un succès étonnant et croissant. Rencontre avec Aleksey Lazorenko, responsable de la filiale russe.

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L'équipe de Blablacar Russie

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Aleksey Lazorenko
responsable de la filiale russe

RUSSIE INFO: Comment est arrivé Blablacar en Russie ?

Aleksey Lazorenko: Blablacar est officiellement arrivé en Russie en janvier 2014. La Start-up avait la volonté de se développer en dehors de l’Union européenne et notamment en Russie et en Ukraine, un énorme marché de 200 millions de personnes où l’usage d’Internet est très développé. Notre rencontre a accéléré leur décision d’investir ici. J’avais créé en 2010 un service de covoiturage, que nous avions appelé "Podorozhniki". Cela signifie covoiturage en russe, mais c’est aussi le nom d’une fleur, ce qui marquait notre souci écologique. Nous formions une petite équipe de trois personnes et nous faisions déjà face à une grosse demande. Pour nous permettre de nous développer, nous avons commencé à chercher des investisseurs.

Nous avons rencontré alors un fonds international qui nous a mis en relation avec la start-up française BlaBlacar. Après un temps de discussion, nous en sommes rapidement venus à l’idée qu’il fallait faire quelque chose ensemble. Blablacar a ainsi racheté Podorozhniki pour s’implanter ici, en Russie, et en Ukraine.

RUSSIE INFO : Comment s’est développée la filiale en Russie ?

Aleksey Lazorenko: Quand Blablacar est arrivé en Russie, les dirigeants n’avaient pas la moindre idée de comment le marché se développerait. Mais cela a démarré très vite et très fort : nous avons atteint plus d’1 million d’utilisateurs en 10 mois, alors que dans d’autres pays, cela peut prendre 1 an ou deux. Et cela va aujourd’hui en s’accélérant. Cela représente un énorme marché pour nous.

Le fait que la plupart des Russes habitent dans la partie ouest du pays, dans de grandes villes, a favorisé notre développement. Cette région à la taille normale, comparée au reste de la Russie, est très peuplée et tout y est de plus en plus cher, notamment les trains. Et c’est la même chose en Ukraine où le prix notamment du pétrole est très élevé. Nous apparaissons donc comme une très bonne solution anti-crise. Nous permettons de voyager plus vite, moins cher et de façon plus pratique. Ce sont aussi de nouvelles connections sociales que les Russes apprécient.

Par ailleurs, nous avons bénéficié de très bons partenariats, comme avec Yandex, le Google russe. Quand on tape le nom de deux villes dans le moteur de recherche, apparaissent dans les résultats les différents moyens de transport : bus, train, avion mais aussi notre service. Il montre également le coût économisé. Nous avons une douzaine d’autres partenaires en Russie, ce qui joue un grand rôle dans notre développement. Les grandes compagnies ont compris ici que les services de Blablacar ne sont pas si spécifiques et peuvent servir un large public, au même titre que les autres transports.

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Résultats Yandex avec le service Blablacar intégré
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RUSSIE INFO: Qui sont les utilisateurs de Blablacar ici ?

Aleksey Lazorenko: C’est assez similaire à l’Europe. Les gens qui utilisent notre service ne sont ni très riches ni très pauvres et de toute profession. L’âge moyen est de 30 ans, avec 20% d’étudiants.

Etant donné que le trafic est concentré sur la partie occidentale du pays, les trajets ne sont pas beaucoup plus longs qu’en Europe. La moyenne européenne est de 300 km, alors qu’en Russie elle est de 400 km.
Les voyages les plus courants sont de Moscou à Saint-Pétersbourg, Nijni-Novgorod, Rostov-sur-le-Don ou de Nijni-Novgorod à Kazan. Il y a aussi toutes les routes autour des grosses villes (Moscou – Vladimir etc...). En été, on assiste à des gros pics comme Kiev –Odessa ou Moscou-Sotchi. C’est une période pendant laquelle tous les trains sont pris d’assaut et où il peut être dur de trouver des conducteurs disponibles.
Le système de notation des conducteurs permet de contrôler la sécurité. Les utilisateurs font de plus en plus confiance à notre plateforme internet et s’ils avaient beaucoup de questions au tout début, il y en a désormais de moins en moins.

RUSSIE INFO: A quel niveau de développement est Blablacar aujourd’hui en Russie ?

Aleksey Lazorenko: La Russie reste un marché jeune. Nous en sommes encore à nos débuts. Nous avons touché 10 à 20% de la population. Cela reste toujours moins commun que le train. Mais nous sommes arrivés à temps, par rapport à la crise et la dévaluation du rouble, qui, il est vrai, a augmenté la demande. Nous avons réalisé une enquête et après un an et demi, nous bénéficions déjà d’un bon taux de notoriété à Moscou.

RUSSIE INFO: Les Russes qui ont largement connu la vie communautaire sont-ils vraiment tentés par l’économie de partage qui a le vent en poupe aujourd’hui dans la plupart des pays ?

Aleksey Lazorenko: L’idée que les Russes, par leur passé communautaire, ne voudraient désormais plus partager, est en réalité fausse. Dès le début de notre aventure, nous avons constaté que cela n’était pas vrai. Notre public est plutôt jeune, avec une autre mentalité et un nouvel environnement façonné par Internet. Et les Russes avaient déjà l’habitude de lever la main dans la rue et de rentrer dans la voiture d’un inconnu. De plus, notre service est avant tout un nouveau moyen d’économiser de l’argent, une nouvelle façon de voyager, qui dépasse totalement les anciens réflexes. 40% de nos utilisateurs disent qu’ils n’auraient pas voyagé sans Blablacar. Notre service augmente la mobilité des gens. Les prix d’un voyage par Blablacar en Russie est 1,5 à 2 fois plus faible que dans les transports publics.

RUSSIE INFO: Quelles sont les différences avec Blablacar en France ?

Aleksey Lazorenko : La principale différence est dans le moyen de paiement : en France vous pouvez payer avant. En Russie, c’est un nouveau marché et on ne paie pas en avance. C’est pour le moment un système plus libre qui met seulement en contact. Une fois le marché plus mature, nous lancerons le paiement en ligne.

RUSSIE INFO: Les tensions entre l’Ukraine et la Russie ont-elles eu un impact sur le développement de Blablacar ?

Aleksey Lazorenko : Il n’y a pas eu vraiment d’impact. La seule conséquence visible est que les voyages entre Moscou et Kiev ont baissé.
On pourrait nous reprocher de grandir grâce à la crise, je répondrai que c’est juste une réalité dans laquelle Blablacar s’inscrit. Par notre service, les gens peuvent économiser davantage.

RUSSIE INFO: Le 17 septembre dernier, Blablacar a réalisé une levée de fonds exceptionnelle de 200 millions de dollars. Qu’est-ce que cela change pour vous, en Russie et/ou en Ukraine ?

Aleksey Lazorenko: Cette levée de fonds a surtout pour but de renforcer l’expansion internationale de Blablacar. Mais cela nous apporte un gain non négligeable ici : plus de confiance dans notre entreprise et plus de facilité à négocier avec nos partenaires.

RUSSIE INFO: Quelles sont les relations avec la maison française ?

Aleksey Lazorenko : Nous sommes constamment en relation et je vais souvent en France. Nos deux bureaux de Moscou et de Kiev s’occupent principalement du marketing local et des relations publiques. Les développements Produit restent réalisés en France. Fréderic Mazelle et Nicolas Brusson sont les meilleurs managers du monde et nous apportent beaucoup d’énergie.

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Blablacar
Russie

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