"Artivisme", l'art de l'activisme à la russe

Des artistes moscovites utilisent leurs performances artistiques pour lutter contre le pouvoir. Un projet de webdocumentaire est parti à leur rencontre.

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"Poutine sur la tête" - Matveï Krylov

Les Pussy Riot sont loin d'être les seules artistes à mêler art et contestation pour s'opposer au pouvoir. C’est le cas des artistes appelés communément artivistes, dont le but est de montrer les problèmes sociaux et politiques du pays à travers la création artistique.

Depuis le mouvement de manifestation et l'action des Pussy Riot, un nouvel élan, une reconnaissance jusque là inconnue, et de nouvelles perspectives se sont offertes à ces artivistes qui désormais se rassemblent pour être entendu.
C'était le cas en octobre 2013 lors de la deuxième édition du festival "Media Udar", le festival international d'art activiste à Moscou. A cette occasion, les artivistes se sont retrouvés pour réfléchir et partager leurs idées et modes de fonctionnement.

Une sorte de mouvement prend ainsi forme à Moscou. Un mouvement qui n'a ni règle, ni cadre, ni définition précise, mais a un seul objectif : entretenir la contestation en Russie

Les artivistes en action

A travers happenings, performances provocatrices, "vandalisme" artistique, caricatures, dessins, tags et peintures, les artivistes font de leurs performances artistiques un instrument de lutte politique.

Les pionniers de ce mouvement sont le collectif artistique et anarchiste russe, Voïna. Leur action la plus connue, "La bite prisonnière du FSB", remonte à 2010 lorsque le groupe, dans la nuit du 4 juin, dessine un phallus de 17 mètres sur le pont en face du siège du FSB (ex-KGB) à Saint-Pétersbourg. Phallus qui se dresse en érection à chaque levée de pont.

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La bite prisonnière du FSB"
Voiïna (2010)

En dehors de Voïna, d'autres artistes interviennent en soutien au mouvement protestataire. C'est le cas d'Alexey Iorsh. A travers sa bande dessinée sur l'art activiste de ces dernières années, l'artiste raconte l'histoire de ses amis car "si les artivistes eux-mêmes n'en parlent pas, alors personne n'en parle" confie-t-il.

Matveï Krylov, alias Skif Bratok, est le petit dernier de la bande. A 25 ans, il a déjà fait de la prison pour avoir lancé de l'eau sur un juge. C'est grâce à la pression populaire que sa peine a été écourtée. Matveï explique qu’il "ne fait pas ça pour que Poutine s'en aille demain mais parce que c'est le seul moyen de vivre honnêtement et en paix avec soi-même."

La dernière performance en date est celle de l'artiviste, Pavel Pavlensky qui, en novembre 2013, a cloué ses testicules sur les pavés de la place Rouge pour protester contre "l'indifférence politique et le fatalisme de la société contemporaine russe".

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Pavel Pavlensky sur la place rouge
2013

Un projet de webdocumentaire

Trois étudiantes belges en journalisme ont décidé de rendre compte de l'émergence de ce mouvement artiviste à travers un webdocumentaire : un documentaire interactif qui offre la possibilité à l'utilisateur de choisir le chemin qu'il veut emprunter dans le reportage. A travers une galerie de portraits d’artistes et des éléments de contexte, l'utilisateur peut voyager dans le mouvement artiviste en regardant des petites vidéos pour se faire sa propre idée.

Le projet a pu voir le jour grâce à une méthode de financement originale: un système de financement participatif via la plateforme de crowdfunding française, kisskissbankbank.
Les trois étudiantes ont ainsi pu partir à Moscou à la recherche de ces artistes contestataires, et de fil en aiguille, c'est un mouvement artiviste qu’elles ont découvert.

Retrouver le projet de webdocumentaire "Artivisme, l'art de l'activisme à la russe" ICI

http://video.artivismerusse.com/Medias/Videos/Portrait_Matvei_1.mp4

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