Art: "la babouchka en foulard est en voie de disparition"

Varvara Kislova, une jeune artiste russe de Nijni Novgorod, membre de Art-project «L’atelier de Fufatchev», a récemment présenté son tableau La babouchka (la grand-mère). A travers lui, elle explique sa perception des personnes âgées en Russie.

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Varvara Kislova "La babouchka"

Aujourd’hui la Russie : Les artistes russes utilisent-ils souvent les personnes âgées comme sujet de tableau ?

Varvara Kislova : Je pense que c’est assez rare. Mais en général, l’artiste est attiré par un détail de son modèle, et l’âge ne joue pas le rôle principal. En peinture, je découvre le sujet des babouchkas, j’aimerais bien continuer mais je n’arrive pas à trouver beaucoup de visages intéressants.

Sur le tableau, il s’agit d’une vraie babouchka que j’ai vue à Gorokhovets, dans la région de Vladimir. Je vais souvent chercher des visages, des édifices ou des paysages dans les petites villes. Avec cette babouchka, la composition du tableau m’a parue idéale : la verdure, le mur d’une maison et la babouchka assise sur un banc d’une manière pittoresque en tenant son bâton.

Mon tableau n’est pas un paysage. C’est un portrait, même si le visage de la babouchka n’est pas très visible, car cette grand-mère vêtue en manteau et foulard est vraiment typique. On ne la verra qu’en Russie ou, peut-être, dans un pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants). En quelque sorte, oui, c’est une image de notre époque, une partie de l’histoire de la Russie. Je doute que la génération suivante de grand-mères ressemble à celle d’aujourd’hui.

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La babouchka
Varvara Kislova

ALR : La babouchka en foulard serait-elle en voie de disparition ?

V.K : Oui, j’ai ce sentiment. Je pense que l’attitude des Russes envers la vieillesse change. Le culte de la jeunesse qui règne maintenant fait que les gens ont peur de vieillir, et la vieillesse est considérée souvent comme une tragédie. Pourtant cet âge, comme tous les autres, a ses avantages.

Je ne pense pas que mon tableau soit triste, au contraire, il est touchant et chaleureux. Et celui qui le regarde peut aussi facilement continuer l’histoire de cette babouchka… dans un instant elle va se lever, et peut-être rentrer à la maison, chez ses petits-enfants, pour faire un repas. Bien sûr, les petits-enfants ne doivent pas être l’unique source de vie d’une babouchka. Il faut un intérêt personnel dans la vie, il faut être actif. Aujourd’hui, j’ai autour de moi beaucoup d’exemples de gens âgés qui continuent à faire de la peinture, à participer aux actions de bienfaisance, et à assister aux conseils des vétérans. Ceux là ne ressemblent déjà plus à la babouchka en foulard.

ALR : Est-ce que c’est difficile pour vous de communiquer avec les gens âgés ?

V.K : J’avoue que ce n’est pas facile, parce que c’est une communication entre deux générations très différentes. Nos babouchkas ont connu des temps difficiles, et on leur pardonne si elles ne réussissent pas à s’adapter à la vie moderne et restent éloignées de la réalité.

Beaucoup de nos babouchkas habitent toujours en URSS. Cependant, même si elle est difficile, la communication restera toujours possible grâce à l’une de leur grande qualité : l’envie d’aider. Cela prend souvent la forme d’un conseil que tu ne demandes pas. Cette communication est unilatérale, il n’y a pas de dialogue. De leur côté, nos babouchkas n’aiment pas recevoir de conseils en retour… Et surtout pas de la part des enfants, car elles ne considèrent pas qu’ils puissent être de possibles professeurs.

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Joli sujet !



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