Art contemporain en Russie: les collectionneurs russes occupent la place

Cette année, la présence de la Russie à la Biennale de Venise 2011, grand messe internationale de la création contemporaine, a mis en évidence un marché russe actif et bien implanté.

Peinture de Kandinski exposée dans la nouvelle galerie Tretiakov

À la Biennale de Venise 2011, la Russie était représentée pour la première fois par un seul et unique artiste et non pas par une exposition de groupe.
«Un changement significatif qui va dans le bon sens pour la Russie», explique Katya Vinokurova, spécialiste du marché de l’art contemporain russe chez Christie’s à Moscou. La spécialiste indique justement que depuis plusieurs années, avec l’aide de riches personnalités russes, «de nombreux artistes travaillent pour que le pays s’intègre à la communauté artistique internationale».

La Russie s’impose

Une opération qui porte ses fruits puisque l’art contemporain russe est devenu populaire et intéressant, autant pour les Russes que pour de nombreux étrangers. Aujourd’hui, selon Katya Vinokurova, «Sergey Bratkov, Pavel Pepperstein et Olga Chernishova ont déjà atteint une belle notoriété internationale. Vinogradov et Dubossarsky, et dans une moindre mesure Gosha Ostrecov ont également réussi avec succès sur ce marché

Toutefois, même si son développement est positif, la place de l'art contemporain russe, reste encore largement à la périphérie de la scène artistique internationale. Surtout en comparaison avec les marchés des pays en voie de développement comme l'Inde, la Chine et le Moyen-Orient.

Une dominante d’acheteurs russes

A la différence des autres marchés contemporains, le marché russe est totalement dominé par des acheteurs et collectionneurs russes qui soutiennent les artistes avec des initiatives privées. C’est le cas de l’institution privée Art Projects Baïbakov créée par Maria Baïbakova ou du Garage, centre d'art contemporain ouvert en 2008 par Daria Joukova, fiancée du milliardaire russe Roman Abramovitch.

La même année, ce dernier avait défrayé la chronique avec l'achat de deux tableaux phares des ventes contemporaines, oeuvres de Bacon et de Lucian Freud, pour 75 millions d'euros. L’oligarque était alors entré dans le cercle fermé du monde de l’art en créant la surprise autant dans la maison Christie’s que chez Sotheby's.

Les oligarques : collectionneurs ou investisseurs ?

«Il m'est difficile de déterminer si les collectionneurs russes font des investissements à travers l'art ou achètent pour le plaisir esthétique. C'est probablement une combinaison des deux. Un collectionneur achète des oeuvres qu'il aime et il prédit qu'elles auront de la valeur à l'avenir», indique Katya Vinokurova.

Rien à voir avec de la spéculation d’oligarques également pour Alexis Tiesehausen, spécialiste du XIX et XXème siècle au département russe de chez Christie’s à Londres, qui explique que «dans le domaine de l’Art russe, il s’agit de passionnés. Après la période de crise, les riches acheteurs qui ont eu des difficultés se sont séparés de nombreuses choses, mais jamais de ce qu’ils ont acquis aux ventes aux enchères. Si on parle d’investissements, alors les tableaux qui étaient exceptionnels et qui ont fait de gros prix auraient dû réapparaître sur le marché. Or, pas un seul n’a été présenté

Image of Regards sur l'art contemporain russe ( 1990-2010°
Manufacturer: Editions L'Harmattan
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Price: EUR 23,00

La passion russe

Connaisseurs et collectionneurs. Et si les acheteurs russes sont entrés dans le marché à la fin des années 90, début des années 2000, ce serait une grossière erreur de considérer qu’il n’y avait pas de collectionneurs avant cette date, même s’il ne s’agissait pas d’art contemporain.
«Si on a une certaine perspective de l’histoire russe, on s’aperçoit rapidement que les plus grands collectionneurs d’art et les premiers collectionneurs de peintures impressionnistes étaient Russes. C’était le cas des grands industriels comme Choukine ou Morozov qui, bien avant la Première Guerre mondiale, allaient visiter Picasso, Matis…», rappelle Alexis Tiesehausen.

Le spécialiste londonien rapporte que même après la révolution, en Union soviétique, il y avait des collectionneurs. Cela marchait «plus ou moins au ralenti par rapport aux autres pays», mais ils étaient toujours là, autour d’«objets d’Art» tels que l’argenterie, la porcelaine, les œufs de Fabergé.

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