Amnesty International à Moscou face au silence des autorités russes

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L'organisation Amnesty International espère pouvoir réintégrer ses locaux à Moscou, dont elle a été expulsée mercredi 2 novembre. A cette date, l'ONG a eu la "mauvaise surprise" de voir ses bureau fermés, "un scellé sur la porte, portant le cachet de la ville de Moscou".

La fermeture du bureau d’Amnesty à Moscou a eu lieu étrangement au lendemain d’une critique vigoureuse de son responsable, M. Nikitine, après l’émoi suscité par le sort d’Idlar Dadine. Condamné à deux ans et demi de prison, et expédié en septembre dans le camp pénitentiaire n°7, à Segueja, en Carélie (nord-ouest de la Russie), cet homme de 34 ans a dénoncé la torture qu’il y subit dans une lettre adressée à sa femme par l’intermédiaire de son avocat, et rendue publique sur le site Internet Meduza.

Le lendemain de la fermeture des locaux, dans la soirée du 3 novembre, l'ONG a reçu un appel du responsable des services fonciers de la ville de Moscou. Il a reconnu qu'une erreur pourrait avoir été commise et a invité l'organisation à le rencontrer lundi 7 novembre pour résoudre le problème.

Les tentatives visant à résoudre la question se sont jusqu'à présent heurtées aux autorités municipales, qui ont affirmé à tort qu'Amnesty International avait des arriérés de loyer et ont résilié le bail de l'organisation, dans le cadre d'un abus de procédure, indique le site d'Amnesty International.

Mikhaïl Fedotov, directeur du Conseil russe des droits de l'homme, qui rend compte au Kremlin, a dit à Reuters avoir rencontré le président Vladimir Poutine et avoir évoqué jeudi avec lui la question des locaux d'Amnesty. "Le bail a été rétabli. Ils (les membres d'Amnesty) vont pouvoir regagner leurs locaux tout prochainement. Poutine en a été informé", a dit Fedotov, sans plus de précisions.

Cette allégation est tout simplement fausse, peut-on lire sur le site de l'ONG. Amnesty International a des documents qui prouvent que le loyer est à jour, y compris pour le mois d'octobre 2016. Un représentant de la section finances du Département de la propriété foncière de la municipalité de Moscou l'a reconnu oralement dans la matinée du 3 novembre, tout en déclarant qu’il ne pouvait pas le confirmer par écrit puisque l'organisation n'était plus officiellement locataire. Les tentatives visant à joindre de hauts responsables du Département sont restées vaines.

"Si les autorités ne souhaitent toujours pas résoudre ce problème, il nous faudra admettre que cela ressemble à une manœuvre délibérée visant à entraver notre travail de défense des droits fondamentaux en Russie. Il est de plus en plus difficile de ne pas voir cet événement à travers le prisme de la répression plus générale qui s'abat sur la société civile russe", a déclaré John Dalhuisen, directeur à Amnesty International pour l'Europe et l'Asie centrale.

"Changer nos serrures et éteindre nos lumières est assurément un contretemps, mais nous ne nous laisserons pas intimider, réduire au silence, ni dissuader de défendre la cause des droits humains en Russie", a t-il poursuivi.

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