Alexeï Navalny ne sera pas le "Mandela russe"

La rumeur s’est avérée vraie. Depuis que l'opposant politique a été remis en liberté après sa condamnation à cinq ans de camps, l’opinion publique russe pressentait que la justice ferait preuve de clémence. Une décision qui ressemble à une victoire du Kremlin.

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Photo Alexey Yushenkov

Au tribunal de Kirov, à 900 km de Moscou, le procès a duré moins de trois heures. La justice russe a pris la décision de commuer la peine de 5 ans de prison, de celui que l’on surnomme l’opposant numéro Un de Vladimir Poutine, en sursis.

"Changer le verdict du 18 juillet à l'égard de Navalny et (son co-accusé) Ofitserov, et considérer les peines infligées comme des peines avec sursis", a déclaré le juge en lisant la décision du tribunal à l'issue du procès en appel.

"Bien sûr, je suis content de déjeuner autre part qu'en prison aujourd'hui", a confié Alexeï Navalny, qui comptait néanmoins sur une relaxe pure et simple. L’opposant s’était toutefois rendu au tribunal avec des effets personnels, imaginant partir directement en prison.

Opposant politique et candidat à la mairie de Moscou en septembre dernier, Alexeï Navalny avait été condamné en juillet à cinq ans de camps pour avoir détourné 16 millions de roubles (400.000 euros environ) au détriment d'une exploitation forestière, Kirovles, alors qu'il était assistant du gouverneur de la région. L’opposant a toujours nié les accusations portées à son encontre, et accuse le Comité d’enquête russe d’avoir "fabriquer de toutes pièces" l’affaire "sur ordre direct de Vladimir Poutine".

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Après sa condamnation et contre toute attente, Navalny avait été libéré. Sa remise en liberté, le temps du procès en appel, lui avait permis de participer aux élections pour la mairie de Moscou et avait été interprétée comme une façon pour le pouvoir de calmer l’opposition et d’empêcher de nouvelles manifestations.

Une victoire pour le Kremlin

Quoiqu’il en soit, la décision du tribunal de Kirov montre que le Kremlin ne se sent pas menacé par l’opposant, malgré son très bon score de 27,27% aux élections municipales face à Sergueï Sobianine, maire sortant et ancien chef de cabinet de Vladimir Poutine. Lidia Chevtsova, du club de réflexion Carnegie Moscow Center, indiquait également à l’AFP que la popularité de Navalny étant limitée dans les provinces, il serait absurde que le Kremlin fasse de lui un « Mandela russe».

« Laisser Navalny en liberté est bénéfique pour le Kremlin. En transformant la condamnation en sursis, la justice russe fait preuve de clémence vis-à-vis d’un opposant politique, et cela a un impact aussi bien sur la scène nationale, qu’internationale à quelques mois des Jeux olympiques de Sotchi», explique à Aujourd’hui la Russie, Philippe Migault, spécialiste de la Russie à l'IRIS.

Ce « revirement » du pouvoir en place n’empêche pas Navalny d’être toujours reconnu coupable puisqu’il n’a pas été acquitté. Il reste donc inéligible. Il ne pourra ni se présenter au conseil municipal à Moscou en 2014, ni aux élections présidentielles en 2018.

Pour Philippe Migault, « le Kremlin est finalement gagnant sur tous les tableaux dans cette affaire.» Navalny est neutralisé d’un point de vue politique, même s’il continue de s’exprimer dans les mois qui viennent, et en même temps la Russie « donne un signe d’apaisement aussi bien à l’opposition, que sur la scène internationale. »

Le grand perdant reste l'opposant

Alexeï Navalny ne passera pas ses cinq prochaines années abandonné dans une prison russe. Pourtant, l’opposant reste le grand perdant dans cette affaire. Affaibli politiquement par son inéligibilité, son image se ternit aussi en Occident.
« Depuis les émeutes anti-immigrés qui ont eu lieu à Moscou en début de semaine, l’Occident commence à se rappeler qu’il est proche des ultra-nationalistes et, qu’à une époque, il participait même aux marches russes (avec saluts nazis, ndlr) » indique le spécialiste de la Russie, qui rappelle que « Navalny est loin d’être un grand démocrate ».

Son avenir politique n’est cependant pas terminé. L’homme est habile politiquement. « Il sait jouer avec un certain nombre de ressorts de l’inconscient collectif russe. Il est patriote et nationaliste, des valeurs très partagées dans l’opinion publique russe, et surtout, il met le doigt sur le problème de la corruption. Il a donc un certain courage ». Navalny a tous les atouts pour poursuivre une carrière politique intéressante si toutefois il apaise son discours, conclut le spécialiste de la Russie.
Car après tout, son éloignement des scrutins n'est, à priori, pas définitif...

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