2017, l'année de l'écologie en Russie ?

L'Année de l’Écologie a été lancée début 2017 en Russie. Le ministre des Ressources naturelles et de l’Écologie Serguei Donskoi a été interviewé par le journal russe Rossiskaya Gazeta pour évoquer les différents chantiers environnementaux russes.

Quels sont vos projets pour l’Année de l’écologie?

Sergueï Donskoï: L’Année de l’écologie doit devenir un événement important. L’écologie fait partie intégrante de la vie de chacun de nous – nous respirons l’air, nous nous promenons dans les forêts, nous nous baignons dans les étangs. Nous nous préoccupons de ce que nous et nos enfants mangeons. On ne peut pas ignorer les problèmes environnementaux, et chacun doit s’en souvenir.

Nous avons beaucoup de projets à réaliser. De nombreuses régions vont adopter un nouveau système de gestion des déchets urbains et des zones de collecte des déchets modernes seront construites. Nous allons également commencer à régler progressivement le problème des décharges illégales, et lancer de nouvelles technologies non polluantes modernes dans les entreprises.

Il faut accorder une attention particulière au lac Baïkal. Nous allons tester dans cette région un système de marquage du bois pour lutter contre le business forestier criminel. L'oblast d'Irkoutsk représente plus de 50% de tous les abattages illégaux des arbres en Russie. Des mesures supplémentaires seront prises par les autorités pour lutter contre le braconnage dans les forêts. Tout un éventail de mesures est prévu pour protéger la diversité biologique. C’est un plan de travail vaste et efficace et il importe que personne ne soit à la traîne. Mais si c’est le cas, nous mettrons la pression.

L’accent sera aussi mis sur l’un des aspects les plus importants du programme de l’Année de l’écologie : encourager les entreprises à adopter de nouvelles technologies qui permettent de réduire des effets négatifs sur l’environnement.

Les entreprises adoptent-elles volontiers les technologies “vertes”?

Sergueï Donskoï: C’est un processus difficile et assez coûteux dans la phase initiale, nous le comprenons bien. Néanmoins nous avons essayé de faire en sorte que les normes soient progressivement adoptées pour qu’elles soient contrebalancées par une aide de l’Etat aux entreprises.

Et le business appuie notre initiative : 52 accords ont été déjà signés avec de grandes entreprises pour un montant total d’environ 130 milliards de roubles. Ce sont des investissements dans la protection de l’environnement. L’intérêt pour l’écologie s’est accru ces derniers temps et le milieu des affaires commence à jouer un rôle plus actif.

Est-ce que de nouvelles réserves seront créées cette année?

Sergueï Donskoï: Nous allons créer 10 nouveaux territoires naturels spécialement protégés. Ce sont 6 parcs nationaux: les “Montagnes de Senguileï” dans l'oblast d'Oulianovsk, les “Ecueils de Ladoga” dans la république de Carélie, le “Massif de Khibiny” dans l'oblast de Mourmansk, “Kodar” dans le kraï de Transbaïkalie, “Zizalga” dans l’oblast de Tcheliabinsk, les “Colonnes de la Léna” dans la république de Sakha. Deux réserves seront également créées: celle de Vassiougan dans les oblasts de Tomsk et de Novossibirsk et celle d’Ingrie dans l’oblast de Léningrad. Ou encore les Solovetski dans l’oblast d'Arkhangelsk et “Novossibirskie ostrova” dans la république de Sakha.

Le ministère des Ressources naturelles et de l’Écologie de Russie a établi un nouveau rapport national sur l’état de l’environnement. Est-ce que la situation s’améliore?

Sergueï Donskoï: Oui selon les statistiques de 2015. Et les chiffres sont significatifs. Ils disent qu’en 10 ans, les émissions brutes de polluants atmosphériques ont baissé de 13%. Les émissions des véhicules ont chuté de 10%. Donc nous constatons une certaine tendance sur la réduction des émissions.

Cependant, dans une ville sur cinq de Russie, les habitants ne peuvent pas sentir la différence car le niveau de la pollution de l’air y reste très élevé. Cela concerne 17 millions d’habitants soit 17% de la population urbaine.

Où la situation est-elle la pire?

Sergueï Donskoï: C’est le cas de 11 villes rassemblant une population de 1,5 million d’habitants : Birobidjan, Bratsk, Zima, Kyzyl, Minoussinsk, Norilsk, Petrovsk-Zabaïkalski, Selenginsk, Oulan-Oude, Tchernogorsk et Tchita. La plupart de ces villes sont situées sur la partie asiatique de la Fédération de Russie où les conditions climatiques sont défavorables à la dispersion des polluants.

Le tri et le recyclage des déchets sont l’une des questions les plus délicates. Les régions sont-elles prêtes à suivre un nouveau règlement?

Sergueï Donskoï: C’est vraiment l’une des questions les plus épineuses. Lors de la séance du Conseil d’État, j’ai indiqué les conclusions des sociologues de VTsIOM (Centre Panrusse d'étude de l'opinion publique) : 45% des personnes interrogées qualifient cette question de principale.

Actuellement en Russie, il n’y a que 200 sites de traitement des déchets et ordures y compris le tri. En 2016, 183 nouvelles zones de collecte des déchets ont été construites principalement dans les districts fédéraux sibériens et de l'Oural tandis que 30 zones de collecte des déchets ont été fermées.

Au cours de l’année 2017, les régions doivent intégrer les normes d’accumulation des déchets solides urbains et des programmes régionaux. En mai 2018 au plus tard, ils doivent parvenir à un accord sur la gestion de ces déchets avec les entreprises régionales. Et avant juillet 2018, ils doivent présenter leurs propositions de tarifs des services d’entreprises régionales sur la gestion des déchets.

A présent, les schémas sont adoptés presque dans toutes les régions. Nous pouvons en déduire qu’en Russie, des stations de transfert des déchets seront créées qui permettront d’optimiser partiellement la gestion des déchets solides urbains sur le plan de la collecte et de la préparation au recyclage.

Nous luttons également contre les décharges publiques. L'année dernière, 190 000 décharges illégales ont été découvertes, et plus de 130 000 ont été détruites. Nous continuerons cette lutte.

Dans ce contexte de forte pollution, la nouvelle proposition de loi d’autoriser les constructions dans des espaces récréatifs des forêts fait du bruit. Est-ce que cette autorisation sera accordée?

Sergueï Donskoï: Cette nouvelle est absolument fausse. Il ne s’agit pas de construire des bâtiments dans les forêts, mais d’y améliorer la qualité des activités récréatives et de rendre les conditions d’investissement plus attrayantes. Mais les régimes juridiques établis par le Code forestier ne seront pas affaiblis.

Cette année, la loi dite du “Bouclier vert” ou « ceinture verte » est entrée en vigueur. Est-ce une avancée?

Sergueï Donskoï: La loi sur le “Bouclier vert” vise à améliorer la situation de l’environnement dans les mégalopoles. Les ceintures vertes des forêts et des parcs doivent se constituer sur l’initiative des habitants eux-mêmes. Ce sont des zones au régime limité d’activités économiques, et même parfois sous le régime des zones naturelles spécialement protégées.

C’est une avancée car il y a un réel niveau de participation des habitants et des bénévoles locaux au sein du contrôle écologique public. Si des questions sur le respect des forêts et la construction de bâtiments sont soulevées par les habitants, ils peuvent en informer les organes publics compétents en matière d'inspection et le ministère public.

Est-ce que nous devons attendre d’autres amendements à la loi sur les forêts?

Sergueï Donskoï: Je pense qu’il est encore trop tôt pour nous reposer sur nos lauriers dans ce domaine. Il y a beaucoup de travail à faire ici. Il faut déjà promouvoir les textes juridiques déjà adoptés, comme par exemple, le projet de loi sur l’évolution de terrains d’une catégorie à une autre. Il prévoit la création de forêts de compensation lors de la construction des conduites, des routes et des lignes électriques. Il vise aussi à restaurer les forêts pour les terres entrant dans le fonds forestier. Ces mesures aideront à assurer la restauration de la forêt, à améliorer sa composition naturelle, à augmenter la productivité et surtout à conserver la surface et à préserver nos forêts.

Le ministère a élaboré des amendements aux règles de la chasse autorisant les pièges à corde. Les écologistes y étaient fermement opposés. Quelle a été l’issue de l’affaire?

Sergueï Donskoï: C’est un cas difficile car il faut aborder la question sans émotion, mais en se fondant sur les faits, les statistiques et l’expérience internationale.

Au départ, un certain nombre d’organisations donnaient des évaluations émotionnelles que les animaux souffrent, qu’il est interdit par les accords internationaux, qu’il a été interdit à l’époque soviétique et que d’autres animaux en meurent.

Au début, je m’opposais moi-même à la position de notre ministère de la chasse et de la pêche. Cependant, la question a été encore étudiée par le conseil public et la décision a été prise en faveur de la reprise de la pratique. Nos collègues du Fonds mondial pour la nature de la Fédération de Russie se sont prononcés en sa faveur. Je pense qu’on peut difficilement leur reprocher leur attachement à la torture.

Pourquoi a-t-on besoin de ces pièges à corde qui entrainent la mort par asphyxie dans de grandes souffrances? Est-ce le moyen le plus économique?

Sergueï Donskoï: On a besoin de ces pièges à corde pour réduire le nombre de loups. Par exemple, dans la République de Sakha, les loups ont tué près de 20 000 rennes domestiqués et près de 500 chevaux en deux ans. Le coût annuel des attaques de loups est estimé à 16 milliards de roubles.

Il est clair que le loup n’est pas une espèce commerciale. Cependant, il est capable lui-même de tuer plus d’animaux qu’il lui faut pour se nourrir. Son régime alimentaire se réduit, mais sa population augmente. Voilà pourquoi il faut la réduire artificiellement. Aux États-Unis et au Canada, l’État paie les trappeurs. Et l’accord sur les normes internationales pour la capture humaine d’animaux sauvages entre l’UE, le Canada et la Russie ne prévoit pas l’interdiction de l’utilisation des cordes.

Pourquoi les loups sont-ils très nombreux?

Sergueï Donskoï: Les raisons en sont simples: il n’y a pas de mécanismes efficaces de diminution du nombre de loups. A présent, leur nombre est au moins deux fois plus important qu’il y a 30 ans avec 55 000 loups contre 25 000.
A l’époque soviétique, l’aviation était utilisée pour tirer sur les loups. Les chasseurs recevaient une rémunération de 200 roubles pour chaque prédateur tué, ce qui représentait plus que le salaire moyen. Aujourd’hui, l’Etat ne dispose pas de tels moyens.

Pour mieux comprendre….

Qu'est-ce que la ceinture verte ?

Des ceintures vertes seront créées autour de grandes villes, selon la loi fédérale entrée en vigueur cette année.
La “ceinture verte” est une sorte de mur végétal réalisé autour des villes. Elle joue un rôle écologique important, indique le service de presse de l’Agence fédérale de la sylviculture au journal “Rossiyskaya Gazeta”.

Ces ceintures vertes étaient très répandues à l’époque soviétique. Puis elles ont été laissées de côté, jusqu’à ce que la question de leur restauration et de la création de nouvelles ceintures vertes revienne au goût du jour chez les bénévoles et les habitants des régions. La loi a été adoptée après de nombreuses discussions et compromis entre les associations d'habitants et l'Etat.

Au départ, le concept proposé par des militants bénévoles se fondait sur l’idée que le bouclier vert était un territoire spécial dont la superficie ne pouvait pas être réduite. Les bénévoles insistaient sur la nécessité d’interdire dans ces zones tout abattage d’arbres, y compris pour raisons sanitaires. En outre, il a été proposé d’interdire la construction de routes, de conduites, de lignes électriques, etc.

C’était une position plutôt émotionnelle, mais minoritaire des partisans bénévoles de la protection de l’environnement, a indiqué l’Agence fédérale de la sylviculture. Mais nous avons réussi à élaborer une loi dont les dispositions satisfont tout le monde dans le cadre d'une action collective réfléchie et planifiée.”

Il est important de comprendre la différence entre la ceinture verte et les territoires naturels spécialement protégés, estime l’Agence fédérale de la sylviculture. Des installations destinées au sport, à la santé publique et au tourisme ainsi que des installations sanitaires et balnéaire, médicales et récréatives peuvent se situer sur le territoire du bouclier vert.
Mais les industries dangereuses y sont interdites, ainsi que le stockage de déchets dangereux. Les grands travaux sont également interdits à l’exception des installations hydrotechniques, des lignes de communication, des lignes électriques, des conduites, des routes, des lignes ferroviaires et autres. Les gisements de minéraux seront exclus des territoires du bouclier vert."

La création d’une zone écologique de ce type autour des villes doit prendre en considération les paramètres du développement stratégique du territoire parce que ces deux aspects visent à améliorer la qualité de vie des habitants.
Les villes et les banlieues doivent se développer, elles ne peuvent pas être limitées par une “palissade verte”. La loi prévoit maintenant la possibilité de modifier les frontières en compensant les territoires exclus par de nouveaux territoires”, a précisé l’Agence fédérale de la sylviculture.

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